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LE COMTE DE BOURSOUFLE, ACTE II, SCÈNE II

LE CHEVALIER

C'est ce que je pense.

MARAUDIN.

Un pctit-maitre suranné qui n'a pas même Je jargon de l'esprit; enflé de fadaises et de vent, et dont Pasquin ne voudrait pas pour valet, s'il pouvait en avoir un.

Assurément, j'aimerais bien mieux son frère le chevalier.

LE CHEVALIER

Eh!

MARAUDIN.

Un homme, enfin, dont vous ne tirerez jamais rien, qui dépenserait cinquante mille francs en chiens et en chevaux et qui laisserait périr son frère de misère.

LE CHEVALIER

Cela n'est que trop vrai.

MARAUDIN.

Et vous vous feriez scrupule de supplanter un pareil homme! et vous ne goûteriez pas une joie parfaite en lui enlevant légitimement les cinq cent mille francs qu'il croit déjà tenir, et qu'il mérite si peu! et vous ne ririez pas de tout votre cœur en tenant ce soir entre vos bras la fille du baron! et vous hésiteriez à me faire (pour l'honneur) un petit billet de vingt mille francs par corps à prendre sur les plus clairs deniers de mademoiselle de la Cochonnière! Allez! vous êtes indigne d'être riche si vous manquez l'occasion de le devenir.

LE CHEVALIER

Vous avez raison, mais je sens là quelque chose qui me répugne. Étrange chose que le cœur humain! je n'avais point de scrupule de me battre tout à l'heure contre mon frère, et j'en ai de le tromper.

MAE AUDI x.

C'est que vous étiez en colère quand vous vouliez vous battre, et que vous êtes plus brave qu'habile.

PASQUIN

Allez, allez, monsieur, laissez-vous conduire par M. Maraudin; il en sait plus que vous. Mettez votre conscience en ses mains, j'en réponds sur la mienne et j'y suis intéressé ; j'ai besoin que vous soyez riche.

LE CHEVALIER

Eh! mais, cependant...

MARAUDIN.

Allons, ètes-vous fou?

PASQUIN

Allons, mon cher maître, prenez courage! il n'y a pas grand mal dans le fond.

MARAUDIN.

Cinq cent mille francs, et une fille jeune et fraîche enlevée à M. le comte et mise en votre possession.

LE CHEVALIER

Voyons donc ce qu'il faut faire pour le bien de la chose.

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