LE CHEVALIER, MARAUDIN, PASQUIN
PASQUIX.
Eh bien, monsieur, avez-vous gagné quelque chose sur l'âme dure de ce courtisan poli?
LE CHEVALIER
Oui, j'ai gagné le droit et la liberté de le haïr du meilleur de mon cœur.
PASQUIN
C'est quelque chose, mais cela ne donne pas do quoi vivre.
MARAUDIN.
Si fait, si fait, cela peut servir.
LE CHEVALIER
Et à quoi, s'il vous plaît? Qu'à me rendre encore plus malheureux.
MARAUDIN.
Oh ! cela peut servir à vous ôter les scrupules que vous auriez à faire du mal. Et c'est déjà un très-grand bien. Ps'est-il pas vrai que si vous lui aviez obligation et si vous l'aimiez tendrement, vous ne pourriez jamais vous résoudre à épouser mademoiselle de la Cochonnière au lieu de lui? Mais à présent que vous voilà débarrassé du poids de la reconnaissance et des liens de l'amitié, vous êtes libre, et je veux vous aider à vous venger en vous rendant heureux.
LE CHEVALIER
Comment me mettre à la place du comte de Boursoufle? Comment puis-je être aussi fat que lui? Comment puis-je épouser sa maîtresse au lieu de lui? Parle, réponds.
MARAUDIN.
Tout cela est très-aisé. M. le baron n'a jamais vu monsieur votre frère aîné, je puis vous annoncer sous son nom, puisqu'en effet votre nom est le sien; vous ne mentirez point, et il est bien doux de pouvoir tromper quelqu'un sans être réduit au chagrin de mentir. 11 faut que l'honneur conduise toutes nos actions.
PASQUIX.
Sans doute; c'est ce qui m'a réduit en l'état où je suis.
MARAUDIN.
Votre frère ne me donnait que dix mille francs pour lui procurer ce mariage. Je vous aime au moins une fois plus que lui; faites-moi un billet de vingt mille francs, et je vous fais épouser la fille du baron. Ce que je demande, au reste, n'est que pour l'honneur. Il est de la dignité d'un homme de votre maison d'être libéral quand il peut l'être. L'honneur me poignarde, voyez-vous.
LE CHEVALIER
Oh! oui, c'est votre plus cruel ennemi!
MARAUDIN.
Votre frère aîné est un fat.
LE CHEVALIER
D'accord.