SCÈNE I
HERMOGIDE, EUPHORBE, suite d'hermogide.
HERMOGIDE.
Voici L'inStant fatal où, dans ce temple rttême3 La reine avec sa main donne son diadème, [reurs Euphorbe, ou je me trompe, ou de bien des hor- Ges dangereux moments sont les avant-coureurs i
EUPHORRE.
Polémon de sa part flatte votre espérance.
HERMOGIDE.
Polémon veut en vain tromper ma défiance.
EUPHORRE.
En faveur de vos droits ce peuple enfin s'unit; Du trône devant vous le chemin s'aplanit. Argos, par votre main, faite à la servitude, Longtemps de votre joug prit l'heureuse habitude: Nos chefs seront pour vous.
HERMOGIDE.
Je compte sur leur foi, Tant que leur intérêt les peut joindre avec moi. Mais surtout Alcméon me trouble et m'importune; Son destin, je l'avoue, étonne ma fortune. Je le crains malgré moi. La naissance et le sang Séparent pour jamais sa bassesse et mon rang ; Cependant par son nom ma grandeur est ternie; Son ascendant vainqueur impose à mon génie : Son seul aspect ici commence à m'alarmer. Je le hais d'autant plus qu'il sait se faire aimer, Que des peuples séduits l'estime est son partage; Sa gloire m'avilit et sa vertu m'outrage. Je ne sais, mais le nom de ce fier citoyen, Tout obscur qu'il était, semble égaler le mien. Et moi, près de ce trône où je dois seul prétendre, J'ai lassé ma fortune à force de l'attendre. Mon crédit, mon pouvoir adoré si longtemps, N'est qu'un colosse énorme ébranlé par les ans, Qui penche vers sa chute, et dont le poids immense Veut, pour se soutenir, la suprême puissance : Mais du moins en tombant je saurai me venger.
EUPHORRE.
Qu'allez-vous faire ici ?
HERMOGIDE.
Ne plus rien ménager; Déchirer, s'il le faut, le voile heureux et sombre Qui couvrit mes forfaits du secret de son ombre; Les justifier tous par un nouvel effort, Par les plus grands succès ou la plus belle mort, Et, dans le désespoir où je vois qu'on m'entraîne, Ma fureur... Maison entre, et j'aperçois la reine.