‹ Théâtre completChapitre 1518 sur 1720 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LE BARON, LE CHEVALIER , THÉRÈSE, MA- RAUDIN, Madame BARBE.

THÉRÈSE

Papa, quand est-ce donc qu'on me marie?

LE CHEVALIER

Mademoiselle votre fille, monsieur, daigne recevoir les empressements de mon cœur avec une bonté que vous autorisez, mais le temps est précieux; vous n'ignorez pas que des rivaux, jaloux de mon bonheur, peuvent tenter les moyens de me supplanter, et de posséder mademoiselle votre fille malgré vous et malgré elle!...

THÉRÈSE

Hein! qu'est-ce que vous dites là?

LE CHEVALIER

Je vous le répète, monsieur, il y a des gens en campagne pour enlever ce trésor, et si vous n'y prenez garde, mademoiselle de la Cochonnière est perdue aujourd'hui pour vous et pour son mari.

LE RARON.

Par la corbleu! nous y donnerons bon ordre; qu'ils s'y jouent, les scélérats! Je vais commencer par enfermer Thérèse dans le grenier.

^MADAME RARHE.

Allons, mademoiselle, allons.

THÉRÈSE

Miséricorde ! j'aime cent fois mieux qu'on m'enlève. Papa, si on m'enferme davantage, je me casserai la tête contre les murs.

LE RARON.

Tais-toi, ou tu ne seras mariée de dix ans,

THÉRÈSE

Ah! je suis muette I

LE CHEVALIER

N'y aurait-il point un milieu à prendre dans cette affaire?

'le baron.

Oui, c'est de fendre la cervelle au premier qui viendra frapper à la porte du château.

MARAUDIN.

Ce parti-là est très-raisonnable, et l'on ne peut rien de plus juste; mais si vous commenciez par prendre la précaution de marier les deux futurs, cela préviendrait merveilleusement tous les méchants desseins. Les ravisseurs auront beau venir après cela, mademoiselle Thérèse leur dira : Messieurs, vous êtes venus trop tard, la place est prise ; je suis mariée. Qu'auront-ils à répondre? Rien. Il faudra bien qu'ils s'en retournent très-honteux.

THÉRÈSE

Oui, mais s'ils me disent : Ça n'y fait rien, quand vous seriez mariée cent fois davantage, nous voulons vous épouser encore. Vous êtes belle, nous vous aimons, et il faut que nous vous enlevions ; qu'est-ce que je leur dirai, moi?

LE RARON.

Je te tordrai le cou de mes propres mains, plutôt que de souffrir qu'on atteute à ton honneur, car, vois-tu, je t'aime assez pour cela.

MARAUDIN.

Monsieur le baron, l'avis que je vous donne est bon à suivre pour vous débarrasser de l'inquiétude perpétuelle que vous cause la garde de mademoiselle Thérèse; je vous conseille de signer au plus vite le contrat. Je vous l'ai fait voir tantôt, dressé selon vos intentions: vous n'avez plus qu'à y mettre votre nom.

LE RARON.

Très-volontiers : ce sera l'affaire de mon gendre de veiller sur sa femme.

MARAUDIN.

Dépêchons-nous, monsieur le baron, le temps presse... Ne voyez- vous rien à travers ces arbres?

LE CHEVALIER

N'entendez-vous rien?

LE RARON.

11 me semble que je vois une chaise de poste et des gens à cheval.

PASQUIN

Tout juste, nous y voici; c'est, sans contredit, un de nos coquins.

LE CHEVALIER

Ne craignez rien, mademoiselle.

THÉRÈSE

Hélas! qu'est-ce que j'ai à craindre?

LE CHEVALIER

Vous avez un père homme de courage, et votre mari aura l'honneur de le seconder.

LE RARON.

Oui, voici une occasion où il faut avoir du cœur. Renfermons-nous dans le château, fermons toutes les portes. Colin, Martin, Jérôme, tirez vos arquebuses par les meurtrières sur les gens qui voudront entrer malgré vous.

Page 1