‹ Théâtre completChapitre 1517 sur 1720 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE CHEVALIER, THÉRÈSE, Madame BARBE.

THÉRÈSE

Je suis votre très-humble servante. Je suis enchantée de vous voir; comment vous portez-vous? Vous venez pour m'épouser; vous me comblez de joie. (A madame Barbe.) N'en ai-je pas trop dit, madame Barbe?

LE CHEVALIER

Mademoiselle, je faisais mon plus cher désir de l'accueil gracieux dont vous m'honorez, mais je n'osais en faire mon espérance; préféré par monsieur votre père, je ne me tiens point heureux si je ne le suis par vous. C'est de vous seule que je

voulais vous obtenir. Vos premiers regards font de moi un amant, et c'est un titre que je veux conserver toute ma vie.

THÉRÈSE

Oh! comme il parle, comme il parle, et que ce langage est différent de celui de nos gentilshommes de campagne! Ah! les sots dadais en comparaison des seigneurs de la cour! Mon amant, irons-nous bientôt à la cour?

LE CHEVALIER

Dès que vous le souhaiterez, mademoiselle...

THÉRÈSE

N'y a-t-il pas une reine là ?

LE CHEVALIER

Oui.

THÉRÈSE

Et qui me recevra perfaitement bien?

LE CHEVALIER

Avec beaucoup de bonté assurément.

THÉRÈSE

Cela fera crever toutes les femmes de dépit; j'en serai charmée.

LE CHEVALIER

Si vous souhaitez d'aller au plus tôt briller à la cour, mademoiselle, daignez donc hâter le moment de mon bonheur. Monsieur votre père veut retarder notre mariage de quelques jours; je vous avoue que ce retardement me mettrait au désespoir. Je sais que vous avez des amants jaloux de mon bonheur qui songent à vous enlever, et qui voudraient vous renfermer à la campagne pendant toute votre vie.

THÉRÈSE

Ah! les coquins! pour m'enlever, passe, mais m'enfermer!

LE CHEVALIER

Le plus sur moyen de leur dérober la possession de vos charmes, c'est de vous donner à moi par un prompt hymen qui vous mettra en liberté, et moi au comble du bonheur; il faudrait m'épouser plus tôt que plus tard.

THÉRÈSE

Vous épouser! qu'à cela ne tienne; dans le moment, dans l'instant, je ne demande pas mieux, je vous jure, et je voudrais que cela fût déjà fait.

LE CHEVALIER

Vous ne vous sentez donc pas de répugnance pour un époux qui vous adore?

THÉRÈSE

Au contraire, je vous aime de tout mon cœur. Madame Barbe prétend que je ne devrais rien vous dire, mais c'est une radoteuse, et je ne vois pas, moi, quel grand mal il y a de vous dire que je vous aime, puisque vous êtes mon mari et que vous m'aimez.

LE CHEVALIER

Elle me charme par sa naïveté.

LE COMTE DE BOURSOUFLE, ACTE II, SCÈNE Vif.

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