‹ Théâtre completChapitre 153 sur 1720 · ÉRIPHYLE, ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ÉRIPHYLE, ACTE III, SCÈNE IV

Un sceptre que mes mains n'avaient pas dû porter. Votre maître est vivant, mon fils respire encore. Ce fils infortuné qu'à sa première aurore Par un trépas soudain vous crûtes enlevé,, Loin des yeux de sa mère en secret élevé, Fut porté, fut nourri dans l'enceinte sacrée Dont le ciel à mon sexe a défendu l'entrée. Celui que je chargeai de ses tristes destins Ignorait quel dépôt fut mis entre ses mains. Je voulus qu'avec lui renfermé dès l'enfance ! Mon fils de ses parents n'eût jamais connaissance. Mon amour maternel, timide et curieux, A cent fois sur sa vie interrogé les cieux ; Aujourd'hui même encor ils m'ont dit qu'il respire. Je vais mettre en ses mains mes jours et mon empire.

Je sais trop que ce dieu, maître éternel des cieux, Jupiter, dont l'oracle est présent en ces lieux, Me prédit, m'assura que ce fils sanguinaire Porterait le poignard dans le sein de sa mère. Puisse aujourd'hui, grand dieu, l'effort que je me

[fais, Vaincre l'affreux destin qui l'entraîne aux forfaits! Oui, peuple, je le veux: oui, le roi va paraître: Je vais à le montrer obliger le grand-prêtre. Les dieux qui m'ont parlé veillent encor sur lui. Ce secret au grand jour va briller aujourd'hui. De mon fils désormais il n'est rien que je craigne; Qu'on me rende mon fils, qu'il m'immole et qu'il HKRMOGiDE. [règne.

Peuple, chefs, il faut donc m'expliquera mon tour : L'affreuse vérité va donc paraître au jour. Ce fils qu'on redemande afin de mieux m'exclurc, Cet enfant dangereux, l'horreur de la nature, Né pour le parricide, et dont la cruauté Devait verser le sang du sein qui l'a porté : Il n'est plus. Son supplice a prévenu son crime.

- ÉRIPHYLE

Ciel!

HERMOGIDE.

Aux portes du temple on frappa la victime. Celui qui l'enlevait le suivit au tombeau. Il fallait étouffer ce monstre en son berceau. A la reine, à l'État, son sang fut nécessaire; Les dieux le demandaient : je servis leur colère. Peuple, n'en doutez point : Euphorbe, Nicétas, Sont les secrets témoins de ce juste trépas. J'atteste mes aïeux et ce jour qui m'éclaire, Que j'immolai le fils, que j'ai sauvé la mère; Que si ce sang coupable a coulé sous nos coups, J'ai prodigué le mien pour la Grèce et pour vous. Vous m'en devez le prix : vous voulez tous un

[maître; L'oracle en promet un, je vais périr ou l'être ; Je vais venger mes droits contre un roi supposé ; Je vais rompre un vain charme à moi seul opposé. Soldat par mes travaux, et roi par ma naissance, De vingt ans de combats j'attends la récompense. Je vous ai tous servis. Ce rang des demi-dieux

Défendu par mon bras, fondé par mes aïeux, Cimenté de mon sang, doit être mon partage. Je le tiendrai de vous, de moi, de mon courage, De ces dieux dont je sors et qui seront pour moi. Amis, suivez mes pas, et servez votre roi.

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