‹ Théâtre completChapitre 1609 sur 1720 · JUPITER, MERCURE · texte numérisé non relu

JUPITER, MERCURE

JUPITER

Je l'ai vu, cet objet sur la terre animé ; Je l'ai vu, j'ai senti des transports qui m'é tonnent : Le ciel est clans ses yeux, les grâces l'environnent ; Je sens que l'amour l'a formé.

MERCURE

Vous régnez, vous plairez, vous la rendrez sensible, Vous allez éblouir ses yeux à peine ouverts.

JUPITER

Non, je ne fus jamais que puissant et terrible :

Je commande à l'Olympe, à la terre, aux enfers ;

Les cœurs sont à l'Amour. Ah! que le sort m'outrage!

Quand il donna les cieux, quand il donna les mers, Quand il divisa l'univers, L'Amour eut le plus beau partage.

MERCURE

Que craignez-vous? Pandore à peine a vu le jour Et d'elle-même encore à peine a connaissance :

Aurait-elle senti l'amour

Dès le moment de sa naissance?

JUPITER

L'Amour instruit trop aisément.

Que ne peut point Pandore? elle est femme, elle est La voilà : jouissons de son étonnement. [belle.

Retirons-nous pour un moment Sous les arcs lumineux de la voûte éternelle. Cieux, enchantez ses yeux, et parlez à son cœur; Vous déploierez en vain ma gloire et ma splendeur :

Vous n'avez rien de si beau qu'elle.

[Il se relire.) PANDORE.

A peine j'ai goûté l'aurore de la vie;

Mes yeux s'ouvraient au jour, mon cœur à mon a-

Je n'ai respiré qu'un moment. [niant;

Douce félicité, pourquoi m'es-tu ravie?

On m'avait fait craindre la mort; Je l'ai connue, hélas! cette mort menaçante :

N'est-ce pas mourir, quand le sort

Nous ravit ce qui nous enchante?

Dieux, rendez-moi la terre et mon obscurité, Ce bocage où j'ai vu l'amant qui m'a fait naître;

Il m'avait deux fois donné l'être; Je respirais, j'aimais : quelle félicité! A peine j'ai goûté l'aurore de la vie, etc. (Tous les dieux avec tous leurs attributs entrent sur la scène.) CHOEUR DES DIEUX.

Que les astres se réjouissent !

Que tous les dieux applaudissent

Au dieu de l'univers!

Devant lui les soleils pâlissent.

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