‹ Théâtre completChapitre 1610 sur 1720 · LES TROIS GRACES · texte numérisé non relu

LES TROIS GRACES

Fille du charmant Amour, Régnez dans son empire, La terre vous désire, Le ciel est votre cour.

pandore.

Mes yeux sont offensés du jour qui m'environne : Rien ne me plaît, et tout m'étonne.

Mes déserts avaient plus d'appas.

Disparaissez, ô splendeur infinie !

Mon amant ne vous voit pas.

(On entend une symphonie.) Cessez, inutile harmonie!

Il ne vous entend pas.

(Le chœur recommence. Jupiter sort d'un nuage.) JUPITER.

Nouveau charme de la nature, Digne d'être éternel, Vous tenez de la terre un corps faible et mortel, Et vous devez cette âme inaltérable et pure Au feu sacré du ciel.

C'est pour les dieux que vous venez de naître; Commencez à jouir de la divinité :

Goûtez auprès de votre maître L'heureuse immortalité.

PANDORE

Le néant d'où je sors à peine Est cent fois préférable à ce présent cruel : Votre immortalité, sans l'objet qui m'enchaîne,

N'est rien qu'un supplice immortel.

JUPITER

Quoi! méconnaissez-vous le maître du tonnerre? Dans les palais des dieux regrettez-vous la terre?

PANDORE

La terre était mon vrai séjour; C'est là que j'ai senti l'amour.

JUPITER

Non, vous n'en connaissez qu'une image infidèle,

Dans un monde indigne de lui.

Que l'amour tout entier, que sa flamme éternelle,

Dont vous sentiez une étincelle, Pe tous ses traits de feu nous embrase aujourpandore. [d'hui !

Je les ai tous sentis, du moins j'ose le croire ; • Ils ont égalé mes tourments.

PANDORE, ACTE IV

Ah ! vous avez pour vous la. grandeur et la gloire; Laissez les plaisirs aux amants.

Vous êtes dieu, l'encens doit vous suffire; Vous êtes dieu, comblez mes vœux.

Consolez tout ce qui respire; Un dieu doit faire des heureux.

JUPITER

Je veux vous rendre heureuse, et par vous je veux Plaisirs, qui suivez votre maître, [l'être.

Ministres plus puissants que tons les autres dieux, Déployez vos attraits, enchantez ses beaux yeux : Plaisirs, voux triomphez dès qu'on peut vous connaître.

(Les Plaisirs dansent autour de Pandore en chantant ce qui suit.) CHOEUR.

Aimez, aimez, et régnez avec nous; Le dieu des dieux est seul digne de vous. une voix.

Sur la terre on poursuit avec peine

Des plaisirs l'ombre légère et vainc;

Elle échappe, et le dégoût la suit.

Si Zéphire un moment plaît à Flore,

Il flétrit les fleurs qu'il fait éclore;

t n seul jour les forme et les détruit.

CHOEUR

Aimez, aimez, et régnez avec nous ; Le dieu des dieux est seul digne de vous. une voix.

Les fleurs immortelles

Ne sont qu'en nos champs.

L'Amour et le Temps

Ici n'ont point d'ailes.

choeur.

Aimez, aimez, et régnez avec nous; Le dieu des dieux est seul digne de vous.

PANDORE

Oui, j'aime, oui, doux plaisirs, vous redoublez ma Mais vous redoublez ma douleur. [flamme;

Dieux charmants, si c'est vous qui faites le bonheur, Allez au maître de mon âme.

JUPITER

Ciel! ô ciel! quoi! mes soins ont ce succès fatal? Quoi! j'attendris son àme, et c'est pour mon rival? MERCURE, arrivant sur la scène.

Jupiter, arme-toi du foudre; Prends tes feux, va réduire en poudre Tes ennemis audacieux.

Prométhée est armé; les Titans furieux

Menacent les voûtes des cieux ; Ils entassent des monts la masse épouvantable. Déjà leur foule impitoyable Approche de ces lieux.

JUPITER

Je les punirai tous... Seul, je suffis contre eux.

PANDORE

Quoi! vous le puniriez, vous qui causez sa peine? Vous n'êtes qu'un tyran jaloux et tout-puissant. Aimez-moi d'un amour encor plus violent,

Je vous punirai par ma haine.

JUPITER

Marchons, et que la foudre éclate devant moi.

PANDORE

Cruel! ayez pitié de mon mortel effroi : Jugez de mon amour, puisque je vous implore. JUPITER, à Mercure, Prends soin de conduire Pandore.

Dieux, que mon cœur est désolé!

J'éprouve les horreurs qui menacent le monde. L'univers reposait dans une paix profonde; Une beauté parait, l'univers est troublé.

(Il sort.)

PANDORE

O jours de manaissanec ! ô charmes trop funestes!

Désirs naissants, que vous étiez trompeurs! Quoi! la beauté, l'amour, et les faveurs célestes,

Tous les biens ont fait mes malheurs?

Amour, qui m'as fait naître, apaise tant d'alarmes: IN 'es-tu pas souverain des dieux? Viens sécher mes larmes, Enchaîne et désarmes La terre et les cieux.

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