‹ Théâtre completChapitre 1623 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Le duc de FOIX, HERNAND.

LE DUC DE FOIX

Hernand, tout est-il prêt?

HERNAND.

Pouvez-vous en douter?

Quand monseigneur ordonne, on sait exécuter.

Par mes soins secrets tout s'apprête Pour amollir ce cœur et si fier et si grand.

Mais j'ai grand peur que votre fête Réussisse aussi mal que votre enlèvement.

Ah! c'est là ce qui fait la douleur qui me presse. Je pleure ces transports d'une aveugle jeunesse, Et je veux expier le crime d'un moment

Par une éternelle tendresse.

Tout me réussira, car j'aime à la fureur.

HERNAND.

Mais en déguisements vous avez du malheur ;

Chez don Pèdre en secret j'eus l'honneur do vous En qualité de conjuré; [suivre

Vous fûtes reconnu, tout près d'être livré, Et nous sommes heureux de vivre :

Vos affaires ici ne tournent pas trop bien,

Et je crains tout pour vous.

LE DUC DE FOIX

J'aime, et je ne crains rien.

Mon projet avorté, quoique plein de justice,

Dut sans doute être malheureux; Je ne méritais pas un destin plus propice,

Mon cœur n'était point amoureux.

Je voulais d'un tyran punir la violence;

Je voulais enlever Constance, Pour unir nos maisons, nos noms et nos amis ; La seule ambition fut d'abord mon partage.

Belle Constance, je vous vis;

L'amour seul arme mon courage.

Elle ne vous vit point; c'est là votre malheur: Vos grands projets lui firent peur, Et, dès qu'elle en fut informée,

Sa fureur contre vous dès longtemps allumée En avertit toute la cour.

Il fallut fuir alors.

LE DUC DE FOIX

Elle fuit à son tour.

Nos communs ennemis la rendront plus traitable.

HERNAND.

Elle hait votre sang.

LE DUC DE FOIX

Quelle haine indomptable Peut tenir contre tant d'amour?

HERNAND.

Pour un héros tout jeune et sans expérience, Vous embrassez beaucoup de terrain à la fois : Vous voudriez finir la mésintelligence

Du sang de Navarre et de Foix; Vous avez en secret avec le roi de France

Un chiffre de correspondance; Contre un roi formidable ici vous conspirez ; Vous y risquez vos jours et ceux des conjurés; Vos troupes vers ces lieux s'avancent à la file; Vous préparez la guerre au milieu des festins; Vous bernez le seigneur qui vous donne un asile, Sa fille, pour combler vos singuliers .destins, Devient folle de vous, et vous tient en contrainte. Il vous faut employer et l'audace et la feinte; Téméraire en amour, et criminel d'État, Perdant votre raison, vous risquez votre tête.

Vous allez livrer un combat,

Et vous préparez une fête !

LE DUC DE FOIX

Mon cœur de tant d'-objets n'en voitqu'un seul ici ; Je ne vois, je n'entends que la belle Constance. Si par mes tendres soins son cœur est adouci,

Tout le reste est en assurance.

Don Pèdre périra, don Pèdre est trop haï. Le fameux du Guesclin vers l'Espagne s'avance ;

LA PRINCESSE DE NAVARRE, ACTE I, SCÈNE Y

Le fier Anglais, notre ennemi, D'un tyran détesté prend en vain la défense ; Par le bras des Français les rois sont protégés : Des tyrans de l'Europe ils domptent la puissance; Le sort des Castillans sera d'être vengés

Par le courage de la France.

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