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SCÈNE III

MORILLO, SANCHETTE, L'ALCADE, suite.

MORILLO

Messieurs, ètes-vous fous?

Arrêtez donc, qu'allez-vous faire ?

Où menez-vous ma fille-?

SANCHETTE

A la cour, mon cher père.

MORILLO

Elle est folle! arrêtez; c'est ma fille. l'alcade.

Ce n'est pas cette dame, à qui je...?

MORILLO

Non, vraiment; C'est ma.fille, et je suis don Morillo son père ; Jamais on ne l'enlèvera.

SANCHETTE

Quoi, jamais!

MORILLO

Emmenez, s'il Je faut, l'étrangère; Mais ma fille me restera.

SANCHETTE

Elle aura donc sur moi toujours la préférence ; C'est elle qu'on enlève!

MORILLO

Allez en diligence.

SANCHETTE

L'heureuse créature! on l'emmène à la cour: Hélas! quand sera-ce mon tour?

MORILLO

Vous' voyez que du roi la volonté sacrée Est chez don Morillo comme il faut révérée ; Vous en rendrez compte.

l'alcade.

Oui, fiez-vous à nos soins.

SANCHETTE

Messieurs, ne prenez qu'elle au moins.

Je suis saisi de crainte: ah ! l'affaire est fâcheuse.

SANCHETTE

Eh ! qu'ai-je à craindre, moi ?

MORILLO

La chose est sérieuse ; C'est affaire d'État, vois-tu, que tout ceci.

SANCHETTE

Comment, d'État?

MORILLO

Eh, oui; j'apprends que près d'ici Tous les Français sont en campagne Pour donner un maître à l'Espagne.

SANCHETTE

Qu'est-ce que cela fait?

MORILLO

On dit qu'en ce canton Alamir est leur espion ; Cette dame est errante, cl chez moi se déguise : Elle a tout l'air d'être comprise Dans quelque conspiration; Et, si tu veux que je le dise, Tout cela sent la pendaison.

J'ai fait une grosse sottise De faire entrer dans ma maison Cette dame en ce temps de crise, Et cet agréable fripon Qui me joue, et qui la courtise, Je veux qu'il parte tout de bon, Et qu'ailleurs il s'impatronise.

Lui? mon père; ce beau garçon?

MORILLO

Lui-même; il peut ailleurs donner la sérénade.

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