‹ Théâtre completChapitre 1637 sur 1720 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

CONSTANCE, LÉONOR, le duc de FOIX.

LE DUC DE FOIX

J'ai fait ce que j'ai dû.

J'exécutais votre ordre, et vous avez vaincu.

CONSTANCE

Vous n'êtes point blessé?

LE DUC DE FOIX

Le ciel, le ciel propice, De votre cause en tout seconda la justice, [coups, Puisse un jour cette main, par de plus heureux De tous vos ennemis vous faire un sacrifice! Mais un de vos regards doit les désarmer tous.

CONSTANCE

Hélas ! du sort encor je ressens le courroux ; De vous récompenser il m'ôte la puissance. Je ne puis qu'admirer cet excès de vaillance.

LE DUC DE FOIX

Non, c'est moi qui vous dois de la reconnaissance. Vos yeux me regardaient; je combattais pour vous: Quelle plus belle récompense?

CONSTANCE

Ce que j'entends, ce que je vois, Votre sort et le mien, vos discours, vos exploits, Tout étonne mon âme ; elle en est confondue : Quel destin nous rassemble ? etpar quel noble effort, Par quelle grandeur d'àme, en ces lieux peu connue, Pour ma seule défense affrontiez-vous la mort?

Eh ! n'est-ce pas assez que de vous avoir vue?

CONSTANCE

Quoi ! vous ne connaissez ni mon nom, ni mon sort, Ni mes malheurs, ni ma naissance?

LE DUC DE FOIX

Tout cela dans mon cœur eût-il été plus fort Qu'un moment de votre présence?

CONSTANCE

Alamir, je vous dois ma juste confiance,

Après des services si grands.

Je suis fille des rois et du sang de Navarre.

Mon sort est cruel et bizarre :

Je fuyais ici deux tyrans :

Mais vous de qui le bras protège l'innocence A votre tour daignez vous découvrir.

LE DUC DE FOIX

Le sort, juste une fois, me fit pour vous servir, Et ce bonheur me tient lieu de naissance :

Quoi! puis-je encor vous secourir?

Quels sont ces deux tyrans de qui la violence

Vous persécutait à la fois?

Don Pèdre est le premier. Je brave sa vengeance. Mais l'autre, quel est-il?

CONSTANCE

L'autre est le duc de Foix.

Ce duc de Foix qu'on dit et si juste et si tendre? Eh! que pourrai-je contre lui?

CONSTANCE

Alamir, contre tous vous serez mon appui; Il cherche à m'enlcver.

LE DUC DE FOIX

11 cherche à vous défendre; On le dit, il le doit, et tout le prouve assez.

CONSTANCE

Alamir! Et c'est vous, c'est vous qui l'excusez?

LE DUC DE FOIX

Non; je dois le haïr, si vous le haïssez. Vous étant odieux, il doit l'être h lui-même ; Mais comment condamner un mortel qui vous aime ? On dit que la vertu l'a pu seule enflammer; S'il est ainsi, grand Dieu ! comme il doit vous aimer! On dit que devant vous il tremble de paraître, Que ses jours aux remords sont tous sacrifiés : On dit qu'enfin, si vous le connaissiez, Vous lui pardonneriez peut-être.

CONSTANCE

C'est vous seul que je veux connaître; Parlez-moi de vous seul, ne trompez plus mes vœux.

LE DUC DE FOIX

Ah! daignez épargner un soldat malheureux; Ce que je suis dément ce que je peux paraître.

CONSTANCE

Vous êtes un héros, et vous le paraissez.

Mon sang me fait rougir : il me condamne assez.

CONSTANCE

Si votre sang est d'une source obscure,

Il est noble par vos vertus, Et des destins j'effacerai l'injure.

Si vous êtes sorti d'une source plus pure, Je... Mais vous êtes prince, et je n'en doute plus; Je n'en veux que l'aveu, le reste me l'assure :

Parlez.

LE DUC DE FOIX

J'obéis à vos lois ; Je voudrais être prince, alors que je vous vois. Je suis un cavalier...

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