SCENE IX
CONSTANCE, le duc de FOIX, LÉONOR, SANCHETTE.
SANCHETTE
Vous? vous êtes un traître ; Vous n'échapperez pas, et je prétends connaître Pour qui la fête était, qui vous trompiez des deux.
LE DUC DE FOIX
Je n'ai trompé personne; et si je fais des vœux, Ces vœux sont trop cachés, et tremblent de paraître. Ne jugez point de moi par ces frivoles jeux.
Une fête est un hommage Que la galanterie, ou bien la vanité*
Sans en prendre aucun avantage,
Quelquefois donne à la beauté. Si jamais, si j'osais m'abandonner aux flammes
LA PRINCESSE DE NAVARRE, ACTE II, SCENE XL
De cette passion, vertu des grandes âmes, J'aimerais constamment, sans espoir de retour;
Je mêlerais dans le silence Les plus profonds respects au plus ardent amour. J'aimerais un objet d'une illustre naissance...
SANCHETTE, à part.
Mon père est bon baron.
LE DUC DE FOIX
Un objet ingénu...
SANCHETTE
Je la suis fort.
LE DUC DE FOIX
Doux, fier, éclairé, retenu, Qui joindrait sans effort l'esprit et l'innocence.
SANCHETTE, à part.
Est-ce moi?
LE DUC DE FOIX
J'aimerais certain air de grandeur, Qui produit le respect sans inspirer la crainte, La beauté sans orgueil, la vertu sans contrainte, L'auguste majesté sur le visage empreinte, Sous les voiles de la douceur.
De la majesté! moi!
LE DUC DE FOIX
Si j'écoutais mon cœur, Si j'aimais, j'aimerais avec délicatesse,
Mais en brûlant avec transport,
Et je cacherais ma tendresse, Comme je dois cacher mes malheurs et mon sort.
LÉONOR
Eh bien ! connaissez-vous la personne qu'il aime?
CONSTANCE, à Léonor.
Je ne me connais pas moi-même ; Mon cœur est trop ému pour oser vous parler.