‹ Théâtre completChapitre 166 sur 1720 · ÉRIPHYLE, ACTE V, SCENE V · texte numérisé non relu

ÉRIPHYLE, ACTE V, SCENE V

De ses tristes sujets déplorant la misère, Avec le nom de roi prenant un cœur de père, Il se plaignait aux dieux que le sang innocent Souillait le premier jour de son règne naissant. Il s'avance aussitôt; ses mains ensanglantées Montrent de l'olivier les branches respectées. Ce signal de la paix étonne les mutins, Et leurs traits suspendus s'arrêtent dans leurs mains. « Amis, leur a-t-il dit, Argos et nos provinces Ont gémi trop longtemps des fautes de leurs princes ; Sauvons le sang du peuple, et qu'Hermogide et moi Attendent de ses mains le grand titre de roi. Voyons qui de nous deux est plus digne de l'être. Oui, peuple, en quelque rang que le ciel m'ai t fait naî- Mon cœur est au-dessus; et ce cœur aujourd'hui [Ire, Ne veut qu'une vengeance aussi noble que lui. Pour le traître et pour moi choisissez une escorte Qui du temple d'Argos environne la porte. Et toi, viens, suis mes pas sur ce tombeau sacré, Sur la cendre d'un roi par tes mains massacré. Combattons devant lui, que son ombre y décide Du sort de son vengeur et de son parricide. »

Ah ! madame, à ces mots ce monstre s'est troublé ; Pour la première fois Hermogide a tremblé. Bientôt il se ranime, et cette àme si fîère Dans ses yeux indignés reparaît tout entière, Et bravant à la fois le ciel et les remords : « Va, dit-il, je ne crains ni les dieux, ni les morts, Encor moins ton audace; et je vais te l'apprendre Au pied de ce tombeau qui n'attend que ta cendre. »

Il dit : un nombre égal de chefs et de soldats Vers ce tombeau funeste accompagne leurs pas; Et moi, des justes dieux conjurant la colère, Je viens joindre mes vœux aux larmes d'une mère. Puisse le ciel vengeur être encor le soutien De votre auguste fils, qui fut longtemps le mien !

ÉRIPHYLE

Quoi! seul et sans secours il combat Hermogide?

THÉANDRE

Oui, madame.

ÉRIPHYLE

Mon fils se livre à ce perfide!

Mon fils, cher Alcméon ! mon cœur tremble pour Le cruel te trahit s'il t'a donné sa foi. [toi ;

Ta jeunesse est crédule, elle est trop magnanime: Hermogide est savant dans l'art affreux du crime. Dans ses pièges sans doute il va t'envelopper. Sa seule politique est de savoir tromper. Crains sa barbare main par le meurtre éprouvée, Sa main de tout ton sang dès longtemps abreuvée. Allons, je préviendrai ce lâche assassinat; Courons au lieu sanglant choisi pour le combat. Je montrerai mon fils.

THÉANDRE

Reine trop malheureuse !

Osez-vous approcher de cette tombe affreuse? Les morts et les vivants y sont vos ennemis.

ÉRIPHYLE

Que vois-je? quel tumulte! on a trahi mon fils!

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