SCÈNE I
IRÈNE, LA GOUVERNANTE
IRÈNE
Consolons-nous, ma bonne; il faut avec adresse Corriger, si l'on peut, la fortune traîtresse. Vous savez du baron le bizarre destin?
LA GOUVERNANT R
Point du tout.
IRÈNE
Le corsaire, échauffé par le vin, Dans les transports de joie où son cœur s'abandon- Sans s'informer du rang ni du nom de personne, [ne, A, pour se réjouir, dans la cour du château Assemblé les captifs, et, par un goût nouveau, Fait tirer aux trois dés les emplois qu'il leur donne. Un grave magistrat se trouve cuisinier; Le baron, pour son lot, est reçu muletier. Ce sont là, nous dit-on, les jeux de la fortune : Celte bizarrerie en Turquie est commune.
LA GOUVERNANTE
Se peut-il qu'un baron, hélas! soit réduit là? Et quelle est votre place à la cour d'Abdalla?
IRÈNE
Je n'en ai point encor; mais, si je dois en croire Certains regards hardis que, du haut de sa gloire, L'impudent, en passant, a fait tomber sur moi, J'aurai bientôt, je pense, un assez bel emploi, Et j'en ferai, ma bonne, un très-honnête usage.
LA GOUVERNANTE
Ah! je n'en doute pas : je sais qu'Irène est sage. Mais, madame, un corsaire est un peu dangereux,