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LES DEUX TONNEAUX, ACTE 1, SCÈNE II

GREGOIRE

Non.

LA SUIVANTE

Si fait.

Que Grégoire est méchant! me dira-t-iJ encore Que la future est sans beauté?

GRÉGOIRE

La future?...

LA SUIVANTE

Oui, Glycère; on la fête, on l'adore; Dans toute l'Arcadie on en est enchanté.

GRÉGOIRE

Oui la future passe elle est assez jolie;

Mais c'est un mauvais cœur, tout plein de perfidie, D'ingratitude, de fierté.

LA SUIVANTE

Glycère un mauvais cœur! hélas! c'est la bonté, C'est la vertu modeste et pleine d'indulgence;

C'est la douceur, la patience;

Et de ses mœurs la pureté

Fait taire encor la médisance.

Vous me paraissez dépité :

N'auriez-vous point été tenté

D'empaumer le cœur de la belle?

Quand du succès on est flatté,

Quand la dame n'est point cruelle, Vous la traitez de nymphe et de divinité;

Si vous en êtes rebuté,

Vous faites des chansons contre elle.

Allons, maître Grégoire, un peu moins de courroux :

Recevons bien ces deux époux;

Que le festin soit magnifique.

On boit ici son vin sans eau; Mais n'allez pas gâter notre fête bachique

En perçant du mauvais tonneau.

GRÉGOIRE

Comment? que dis-tu là?

LA SUIVANTE

Je m'entends bien.

GRÉGOIRE

Petite, Tremble que ce mystère ici soit révélé; C'est le secret des dieux, crains qu'on ne le débite :

Aussitôt qu'on en a parlé,

Apprends qu'on meurt de mort subite.

Cesse tes discours familiers,

Réprime ta langue maudite, Et respecte les dieux et les cabaretiers. (// chante.)

Allons, reprenez votre ouvrage;

Servons bien ces heureux amants

[A part.)

Le dépit et la rage Déchirent tous mes sens.

Hâtons ces heureux moments; Courage, courage :

Cognez, frappez, partez en même temps : Suspendez ces festons, étendez ce feuillage; Que les bons vins, les amours,

Nous donnent toujours Sous ces charmants ombrages D'heureuses nuits et de beaux jours.

J'enrage, J'enrage.

Je me vengerai:

Je les punirai :

Ils me paieront cher mon outrage.

Hâtons leurs heureux moments; Cognez, frappez, partez en même temps.

J'enrage, J'enrage.

LA SUIVANTE

Ah! j'aperçois de loin cette noce en chemin. La petite sœur de Glycère Est toujours à tout la première ; Elle s'y prend de bon matin.

Cette rose est déjà fleurie, Elle a précipité ses pas.

La voici ne dirait-on pas

Que c'est elle que l'on marie?

GRÉGOIRE, PRESTINE, la suivante.

prestine, arrivant en hâte. [chus?

Eh! quoi donc! rien n'est prêt au temple de Bac- Xous restons au filet! nos pas sont-ils perdus? On ne fait rien ici quand on a tant à faire ! Ma sœur et son amant, mon bonhomme de père, Et celui de Daphnis, femmes, filles, garçons, Arrivent à la file en dansant aux chansons.

Ici je ne vois rien paraître.

Réponds donc, Grégoire, réponds; Mène-moi voir l'autel et monsieur le grand prêtre.

GRÉGOIRE

Le grand prêtre, c'est moi.

prestine.

Tu ris.

GRÉGOIRE

Moi, dis-je.

PRESTINE.

Toi?

Toi, prêtre de Bacchus?

GRÉGOIRE

Et fait pour cet emploi.

Quel étonnement est le vôtre?

prestine.

Eh bien! soit, j'aime autant que ce soit toi qu'un Grégoire. [autre.

Je suis vice-gérant dans ce lieu plein d'appas. Je conjoins les amants et je fais leurs repas. Ces deux charmants ministères, Au monde si nécessaires, Sont sans doute les premiers.

J'espère quelque jour, ma petite Prestine,

Dans cette demeure divine Les exercer pour vous.

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