‹ Théâtre completChapitre 1713 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les précédents; PRESTLNE, arrivant avec précipitation .

PRESTINE.

Réjouissez-vous tous.

GLYCÈRE, qui s'est laissée tomber sur un lit de gazon, se retournant.

Ah ! ma sœur, je suis morte!

Je n'en puis revenir.

PRESTINE.

N'importe, Je veux que vous dansiez avec mon père- et moi.

LE PÈRE DE DAPHNIS

C'est bien prendre son temps, ma foi ! Serais-tu folle aussi, Prestine, à ta manière ?

PRESTINE.

Je suis gaie et sensée, et je sais votre affaire ; Soyez tous bien contents.

LE PÈRE DE DAPHNIS

Ah! méchant petit cœur!

Lorsqu'à tant de chagrins tu nous vois tous en Peux-tu bien dans notre douleur [proie,

Avoir la cruauté de montrer de la joie?

PRESTINE chante.

Avant de parler je veux chanter, Car j'ai bien des choses à dire.

Ma sœur, je viens vous apporter De quoi soulager votre martyre.

Avant de parler je veux chanter, Avant de parler je veux rire; Et quand j'aurai pu tout vous conter, Tout comme moi vous voudrez chanter, Comme moi je vous verrai rire.

LE PÈRE DE DAPHNIS, pendant que Ghjcere est languissante sur le lit de gazon, abîmée dans la douleur. Conte-nous donc, Prestine, et puis nous chante- Si de nous consoler tu donnes des raisons, [rons.

PRESTINE.

D'abord, ma pauvre sœur, il faut vous faire en- Que vous avez fait fort mal [tendre, De ne nous pas apprendre Que de ce beau Daphnis Grégoire était rival.

GLYCÈRE

Hélas! quel intérêt mon cœur put-il y prendre ? L'ai-je pu remarquer? je ne voyais plus rien.

PRESTINE.

Je vous l'avais bien dit, Grégoire est un vaurien,

Bien plus dangereux qu'il n'est tendre.

Sachez que dans ce temple on a mis deux tonneaux

Pour tous les gens que l'on marie :

L'un est vaste et profond ; la tonne de Cîteaux N'est qu'une pinte auprès; mais il est plein de lie; Il produit la discorde et les soupçons jaloux,

Les lourds ennuis, les froids dégoûts,

Et la secrète antipathie :

C'est celui que l'on donne, hélas! à tant d'époux, Et ce tonneau fatal empoisonne la vie.

L'autre tonneau, ma sœur, est celui de l'amour; Il est petit.... petit.... on en est fort avare; De tous les vins qu'on boit c'est, dit-on, le plus

Je veux en tàter quelque jour. [rare.

Sachez que le traître Grégoire

Du mauvais tonneau tour à tour

Malignement vous a fait boire.

GLYCÈRE

Ah ! de celui d'amour je n'avais pas besoin ; J'idolâtrais sans lui mon amant et mon .maître. Temple affreux l coupe horrible ! Ah ! Grégoire! ah ! Qu'il a pris un funeste soin ! [le traître!

LE PÈRE DE GLYCÈRE

D'où sais-tu tout cela?

PRESTINE.

La servante du temple Est une babillarde ; elle m'a tout conté.

LE PÈRE DE DAPHNIS. [pie;

Oui, de ces deux tonneaux j'ai vu plus d'un excm- La servante a dit vrai. La docte antiquité A parlé fort au long de cette belle histoire. Jupiter autrefois, comme on me l'a fait croire, Avait ces deux bondons toujours à ses côtés; De là venaient nos biens et nos calamités. J'ai lu dans un vieux livre....

PRESTINE.

Eh! lisez moins, mon père.

Et laissez-moi parler.... Dès que j'ai su le fait, Au bon vin de l'amour j'ai bien vite en secret

Couru tourner le robinet; J'en ai fait boire un coup à l'amant de Glycôre : D'amour pour toi, ma sœur, il est tout enivré, Repentant, honteux, tendre; il va venir. Il rosse

Le méchant Grégoire à son gré.

Et moi, qui suis un peu précoce, J'ai pris un bon flacon de ce vin si sucré

Et je le garde pour ma q©i q.

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