ÉPITRE A MADEMOISELLE GAUSSIN
JEUNE ACTRICE QUI A REPRÉSENTÉ LE RÔLE DE ZAÏRE AVEC BEAUCOUP DE SUCCES.
Jeune Gaussin, reçois mon tendre hommage; Reçois mes vers au théâtre applaudis ; Protége-les : Zaïre est ton ouvrage ; II est à loi, puisque lu l'embellis.
Ce sont tes yeux, ces yeux si pleins de charmes, Ta voix touchante et tes sons enchanteurs, Qui du critique ont fait tomber les armes. Ta seule vue adoucit les censeurs.
L'illusion, cette reine des cœurs, Marche à ta suite, inspire les alarmes, Le sentiment, les regrets, les douleurs, Et le plaisir de répandre des larmes.
Le dieu des vers qu'on allait dédaigner
Est par ta voix aujourd'hui sûr de plaire;
Le dieu d'amour, à qui tu fus plus chère,
Est par tes yeux bien plus sûr de régner.
Entre ces dieux désormais tu vas vivre :
Hélas! longtemps je les servis tous deux;
11 en est un que je n'ose plus suivre.
Heureux cent fois le mortel amoureux
Qui tous les jours peut te voir et l'entendre,
Que tu reçois avec un souris tendre,
Qui voit son sort écrit dans les beaux yeux,
Qui, pénétré de leurs feux qu'il adore,
A tes genoux oubliant l'univers.
Parle d'amour et t'en reparle encore !
Et malheureux qui n'en parle qu'en vers !
PERSONNAGES
OROSMANE, Soudan de Jérusalem.
LUSIGNAN, prince du sang des rois de Jérusalem.
FÀTTMF ( esc'aves c'u Soudan.
NÉRESTAN, chevalier français.
PERSONNAGES
CHATILLON, chevalier français.
CORASMIN, ) . „ . , " , MFTFIïOR \ officiers du Soudan.
Un Esclave.
Suite.
La scène est au sérail de Jérusalem.
ZAÏRE, FATIME
FATIME
Je ne m'attendais pas, jeune et belle Zaïre, Aux nouveaux sentiments que ce lieu vous inspire. Quel espoir si flatteur, ou quels heureux destins De vos jours ténébreux ont fait des jours sereins? La paix de votre cœur augmente avec vos charmes. Cet éclat de vos yeux n'est plus terni de larmes: Vous ne les tournez plus vers ces heureux climats Où ce brave Français devait guider nos pas! Vous ne me parlez plus de ces belles contrées Où d'un peuple poli les femmes adorées Reçoivent cet encens que l'on doit à vos yeux; Compagnes d'un époux et reines en tous lieux, Libres sans déshonneur, et sages sans contrainte, Et ne devant jamais leurs vertus à la crainte! Ne soupirez- vous plus pour cette liberté?
Le sérail d'un Soudan, sa triste austérité, [gêne? Ce nom d'esclave enfin, n'ont-ils rien qui vous Préférez-vous Solyme aux rives de la Seine?
ZAÏRE
On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas. Sur les bords du Jourdain le ciel fixa nos pas : Au sérail des soudans dès l'enfance enfermée, Chaque jour ma raison s'y voit accoutumée. Le reste de la terre, anéanti pour moi, M'abandonne au Soudan qui nous tient sous sa loi; Je ne connais que lui, sa gloire, sa puissance : Vivre sous Orosmane est ma seule espérance; Le reste est un vain songe.
FATIME
Avez-vous oublié Ce généreux Français, dont la tendre amitié Nous promit si souvent de rompre notre chaîne? Combien nous admirions son audace hautaine! Quelle gloire il acquit dans ces tristes combats Perdus par les chrétiens sous les murs de Damas! Orosmane vainqueur, admirant son courage, Le laissa sur sa foi partir de ce rivage. Nous l'attendons encor; sa générosité