ZAÏRE, ACTE I, SCENE HT
De toute ma faiblesse il faut que je convienne : Peut-être sans l'amour j'aurais été chrétienne; Peut-être qu'à ta loi j'aurais sacrifie ; Mais Orosmane m'aime et j'ai tout oublié. Je ne vois qu'Orosmane, et mon âme enivrée Se remplit du bonheur de s'en voir adorée. Mets-toi devant les yeux sa grâce, ses exploits ; Songe à ce bras puissant, vainqueur de tant de A cet aimable front que la gloire environne, [rois ; Je ne te parle point du sceptre qu'il me donne : Non, la reconnaissance est un faible retour, Un tribut offensant, trop peu fait pour l'amour. Mon cœur aime Orosmane et non son diadème; Chère Fatime, en lui je n'aime que lui-même. Peut-être j'en crois trop un penchant si flatteur; Mais si le ciel, sur lui déployant sa rigueur, Aux fers que j'ai portés eût condamné sa vie, Si le ciel sous mes lois eût rangé la Syrie, Ou mon amour me trompe, ou Zaïre aujourd'hui Pour l'élever à soi descendrait jusqu'à lui.
FATIJJE.
On marche vers ces lieux; sans doute c'est lui-
zaïre. [même.
Mon cœur, qui le prévient, m'annonce ce que
[j'aime.
Depuis deux jours, Fatime, absent de ce palais, Enfin son tendre amour le rend à mes souhaits.