ZAÏRE, NÉRESTAN
NÉRESTAN
Ma sœur, je puis donc vous parler; Ah! dans quel temps le ciel nous voulut rassembler! Vous ne reverrez plus un trop, malheureux père.
ZAÏRE
Dieu! Lusignan?...
NERESTAN.
Il touche à son heure dernière.
Sa joie, en nous voyant, par de trop grands efforts, De ses sens affaiblis a rompu les ressorts; Et cette émotion, dont son âme est remplie, A bientôt épuisé les sources de sa vie. Mais, pour comble d'horreurs, à ces derniers mo- II doute de sa fille et de ses sentiments ; [ments, Il meurt dans l'amertume, et son âme incertaine Demande en soupirant si vous êtes chrétienne.
ZAÏRE
Quoi ! je suis votre sœur, et vous pouvez penser Qu'à mon sang, à ma loi j'aille ici renoncer?
NÉRESTAN
Ah! ma sœur! cette loi n'est pas la vôtre encore;
Le jour qui vous éclaire est pour vous à l'aurore.
Vous n'avez point reçu ce gage précieux
Qui nous lave du crime et nous ouvre les cieux.
Jurez par nos malheurs, et par notre famille,
Par ces martyrs sacrés de qui vous êtes fille,
Que vous voulez ici recevoir aujourd'hui
Le sceau du Dieu vivant qui nous attache à lui.
ZAÏRE
Oui, je jure en vos mains, par ce Dieu que j'adore, Par sa loi que je cherche et que mon cœur ignore, Do vivre désormais sous cette sainte loi.... Mais, mon cher frère.,., hélas ! que veut-elle de moi? Que faut-il?
NÉRESTAN
Détester l'empire de vos maîtres,