‹ Théâtre completChapitre 190 sur 1720 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Servir, aimer ce Dieu qu'ont aimé nos ancêtres, Qui, né près de ces murs, est mort ici pour nous. Qui nous a rassemblés, qui m'a conduit vers vous. Est-ce à moi d'en parler? Moins instruit que fidèle, Je ne suis qu'un soldat et je n'ai que du zèle. Un pontife sacré viendra jusqu'en ces lieux Vous apporter la vie et dessiller vos yeux. Songez à vos serments, et que l'eau du baptême Ne vous apporte point la mort et l'anathème. Obtenez qu'avec lui je puisse revenir.

Mais à quel titre, ô ciel! faut-il donc l'obtenir? A qui le demander dans ce sérail profane?... Vous, le sang de vingt rois, esclave d'Orosmane ! Parente de Louis, fille de Lusignan !

Vous chrétienne et ma sœur, esclave d'un Soudan ! Vous m'entendez... je n'ose en dire davantage : Dieu, nous réserviez-vous à ce dernier outrage ?

ZAÏRE

Ah ! cruel ! poursuivez'; vous ne connaissez pas Mon secret, mes tourments, mes vœux, mes attentats. Mon frère, ayez pitié d'une sœur égarée, Qui brûle, qui gémit, qui meurt désespérée. Je suis chrétienne, hélas!... j'attends avec ardeur Cette eausainte,cetteeauquipeutguérir mon cœur. Non, je ne serai point indigne de mon frère, De mes aïeux, de moi, de mon malheureux père. Mais parlez à Zaïre, et ne lui cachez rien; Dites.... quelle est la loi de l'empire chrétien?... Quel est le châtiment pour une infortunée Qui, loin de ses parents, aux fers abandonnée, Trouvant chez un barbare un généreux appui, Aurait touché son âme, et s'unirait à lui?

NÉRESTAN

O ciel! que dites-vous? Ah ! la mort la plus prompte Devrait....

ZAÏRE

C'en est assez; frappe, et préviens ta honte.

NÉRESTAN

Qui? vous? ma sœur!

ZAÏRE

C'est moi que je viens d'accuser.

Orosmane m'adore.... et j'allais l'épouser.

NÉRESTAN

L'épouser ! est-il vrai, ma sœur? est-ce vous-même? Vous, la fille des rois?

ZAÏRE

Frappe, dis-je; je l'aime.

NÉRESTAN

Opprobre malheureux du sang dont vous sortez, Vous demandez la mort et vous la méritez: Et si je n'écoutais que ta honte et ma gloire, L'honneur de ma maison, mon père, sa mémoire, Si la loi de ton Dieu, que tu ne connais pas, Si ma religion ne retenait mon bras, J'irais dans ce palais, j'irais, au moment même, Immoler de ce 1er un barbare qui t'aime, De son indigne flanc le plonger dans le tien, Et ne l'en retirer que pour percer le mien. Ciel ! tandis que Louis, l'exemple de la terre,

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