‹ Théâtre completChapitre 191 sur 1720 · ZAÏRE, ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ZAÏRE, ACTE III, SCÈNE VI

Au Nil épouvanté ne va porter la guerre Que pour venir bientôt, frappant des coups plu* sur?. Délivrer ton Dieu même et lui rendre ces murs : Zaïre, cependant, ma sœur, son alliée, Au tyran d'un sérail par l'hymen est liée! Et je vais donc apprendre à Lusignan trahi Qu'un Tartare est le dieu que sa fille a choisi ! Dans ce moment affreux, hélas î ton père expire, En demandant à Dieu le salut de Zaïre.

ZAÏRE

Arrête, mon cher frère... arrête, connais-moi; Peut-être que Zaïre est digne encor de toi. Won frère, épargne-moi cet horrible langage; Ton courroux, ton reproche est un plus grand ouvrage,

Plus sensible pour moi, plus dur que ce trépas Que je te demandais et que je n'obtiens pas. L'état où tu me vois accable ton courage: Tu souffres, je le vois; je souffre davantage. Je voudrais que du ciel le barbare secours De mon sang, dans mon cœur, eût arrêté le cours, Le jour qu'empoisonné d'une flamme profane Ce pur sang des chrétiens brûla pour Orosmane, Le jour que de ta sœur Orosmane charmé... Pardonnez-moi, chrétiens; qui ne l'aurait aimé? 11 faisait tout pour moi: son cœur m'avait choisie: Je voyais sa fierté pour moi seule adoucie. C'est lui qui des chrétiens a ranimé l'espoir; C'est à lui que je dois le bonheur de te voir. Pardonne: ton courroux, mon père, ma tendresse. Mes serments, mon devoir, mes remords, ma fai- Me servent de supplice, et ta sœur en ce jour [blesse,, Meurt de son repentir plus que de son amour.

NÉRESTAN

Je te blâme et te plains; crois-moi, la Providence Ne te laissera point périr sans innocence: Je te pardonne, hélas! ces combats odieux; Dieu ne t'a point prêté son bras victorieux. Ce bras, qui rend la force aux plus faibles courages, Soutiendra ce roseau plié par les orages. 11 ne souffrira pas qu'à son culte engagé Entre un barbare et lui ton cœur soit partagé. Le baptême éteindra ces feux dont il soupire, Et tu vivras fidèle ou périras martyre. Achève donc ici ton serment commencé:

Achève, et dans l'horreur dont ton cœur est pressé. Promets au roi Louis, à l'Europe, à ton père, Au Dieu qui déjà parle à ce cœur si sincère, De ne point accomplir cet hymen odieux Avant que le pontife ait éclairé tes yeux. Avant qu'en ma présence il te fasse chrétienne, Et que Dieu par ses mains t'adopte et te soutienne. Le promets-tu, Zaïre?

ZAÏRE

Oui, je te le promets:

Rends-moi chrétienne et libre; atout je mesoumets. Va d'un père expirant, va fermer la paupière; Va, je voudrais te Suivre et mourir la première.

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