OROSMANE, ZAÏRE
OROSMANË.
Madame, il fut un temps où mon àme charmée, Écoutant sans rougir des sentiments trop chers, Se fit une vertu de languir dans vos fers. Je croyais être aimé, madame, et votre maître, Soupirant à vos pieds, devait s'attendre à l'être: Vous ne m'entendrez point, amant faible et jaloux, En reproches honteux éclater contre vous. Cruellementblessé, mais trop fler pourme plaindre, Trop généreux, trop grand pour m'abaisser à fein- Je viens vous déclarer que le plus froid mépris [dre, De vos caprices vains sera le digne prix. Ne vous préparez point à tromper ma tendresse, A chercher des raisons dont la flatteuse adre- A mes yeux éblouis colorant vos refus, Vous ramène un amant qui ne vous connaît plus, Et qui, craignant surtout qu'à rougir on l'expose, D'un refus outrageant veut ignorer la cause. Madame, c'en est fait, une autre va monter Au rang que mon amour vous daignait présenter; Une autre aura des yeux, et va du moins connaître De quel prix mon amour et ma main devaient être. 11 pourra m'en coûter, mais mon cœur s'y résout. Apprenez qu'Orosmane est capable de tout ; Que j'aime mieux vous perdre, et, loin de votre vue, Mourir désespéré de vous avoir perdue, Que de vous posséder, s'il faut qu'à votre foi 11 en coûte un soupir qui ne soit pas pour moi. Allez, mes yeux jamais ne reverront vos charmes.
ZAÏRE
Tu m'as donc tout ravi, Dieu témoin de mes larmes ! Tu veux commander seul à mes sens éperdus... Eh bien! puisqu'il est vrai que vous ne m'aimez plus, Seigneur...
OROSMANE
Il est trop vrai que l'honneur me l'ordonne, Que je vous adorai, que je vous abandonne,
Que je renonce à vous, que vous le désirez, Que sous une autre loi... Zaïre, Vous pleurez?
ZAÏRE
Ah ! seigneur ! ah ! du moins, gardez de jamais croire Que du rang d'un soudan je regrette la gloire; •Je sais qu'il faut vous perdre, et mon sort l'a voulu : Mais, seigneur, mais mon cœur ne vous est pas con- Me punisse à jamais ce ciel qui me condamne, [nu. Si je regrette rien que le cœur d'Orosmane!
OROSMANE
Zaïre, vous m'aimez!
ZAÏRE
Dieu! si je l'aime, hélas!
OROSMANE
Quel caprice étonnant, que je ne conçois pas! Vous m'aimez! Eh! pourquoi vous forcez-vous, A déchirer le cœur d'un amant si fidèle? [cruelle, Je me connaissais mal; oui, dans mon désespoir, J'avais cru sur moi-même avoir plus de pouvoir. Va, mon cœur est bien loin d'un pouvoir si funeste. Zaïre, que jamais la vengeance céleste Ne donne à ton amant, enchaîné sous ta loi, La force d'oublier l'amour qu'il a pour toi! Qui ? moi? que sur mon trône une autre fût placée ! Non, je n'en eus jamais la fatale pensée. Pardonne à mon courroux, à mes sens interdits, Ces dédains affectés et si bien démentis; C'est le seul déplaisir que jamais, dans ta vie, Le ciel aura voulu que ta tendresse essuie. Je t'aimerai toujours... Mais d'où vient que ton cœur, En partageant mes feux, différait mon bonheur? Parle. Était-ce un caprice? est-ce crainte d'un
[maître, D'un soudan, qui pour toi veut renoncer à l'être? Serait-ce un artifice? Épargne-toi ce soin. L'art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin: Qu'il ne souille jamais le saint nœud qui nous lie! L'art le plus innocent tient de la perfidie. Je n'en connus jamais, et mes sens déchii Pleins d'un amour si vrai...
ZAÏRE
Vous me désespérez.
Vous m'êtes cher, sans doute, et ma tendresse extrême Est le comble des maux pour ce cœur qui vous orosmane. [aime.
0 ciel! expliquez-vous. Quoi! toujours me trou- Se peut-il?... [bler ?
ZAÏRE
Dieu puissant, que ne puis-je parler ?
OROSMAXE.
Quel étrange secret me cachez-vous, Zaïre ? Est-il quelque chrétien qui contre moi conspire? Me trahit-on? parlez.
ZAÏRE
Eh! peut-on vous trahir? Seigneur^ entre eu* et vous Vous tnë Verriez courir'i
[craindre;
On ne vous trahit point, pour vous rien n'est à