ZAÏRE, ACTE IV, SCENE VI
Devant elle amené... Non... je ne veux plus rien... Je me meurs... je succombe à l'excès de ma rage.
corasmin.
On ne recul jamais un si sanglant outrage.
OROSMANE
Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur ! Ce secret qui pesait à son infâme cœur ! Sous le voile emprunté d'une crainte ingénue, Elle veut quelque temps se soustraire à ma vue. Je me fais cet effort, je la laisse sortir; Elle part en pleurant... et c'est pour me trahir. Quoi ! Zaïre !
CORASMIN.
Tout sert.à redoubler son crime.
Seigneur, n'en soyez pas l'innocente victime, Et de vos sentiments rappelant la grandeur...
OROSMANE
C'est là ce Nérestan, ce héros plein d'honneur, Ce chrétien si vanté, qui remplissait Solyme De ce faste imposant de sa vertu sublime! Je l'admirais moi-même, et mon cœur combattu S'indignait qu'un chrétien m'égalât en vertu. Ah ! qu'il va me payer sa fourbe abominable ! Mais Zaïre, Zaïre est cent fois plus coupable. Une esclave chrétienne, et que j'ai pu laisser Dans les plus vils emplois languir sans l'abaisser! Une esclave! elle sait ce que j'ai fait pour elle! Ah ! malheureux !
CORASMIN.
Seigneur, si vous souffrez mon zèle, Si, parmi les horreurs qui doivent vous troubler, Vous vouliez...
OROSMANE
Oui, je veux la voir et lui parler. Allez, volez, esclave, et m'amenez Zaïre.
CORASMIN.
Hélas! en cet état que pourrez-vous lui dire?
OROSMANE
Je ne sais, cher ami, mais je prétends la voir.
CORASMIN.
Ah! seigneur, vous allez, dans votre désespoir, Vous plaindre, menacer, faire couler ses larmes. Vos bontés contre vous lui donneront des armes; Et votre cœur séduit, malgré tous vos soupçons, Pour la justifier cherchera des raisons. M'en croirez-vous? cachez cette lettre à sa vue; Prenez pour la lui rendre une main inconnue: Par là, malgré la fraude et les déguisements, Vos yeux démêleront ses secrets sentiments, El des plis de son cœur verront tout l'artifice.
OROSMANE
Penses-tu qu'en effet Zaïre me trahisse?... Allons, quoi qu'il en soit, je vais tenter mon sort, Et pousser la vertu jusqu'au dernier effort. Je veux voir à quel point une femme hardie Sauna de son côté pousser la perfidie.
CORASMIN.
Seigneur, je crains pour vous ce funeste entretien ; Un cœur tel que le vôtre...
OROSMANE
Ah! n'en redoute rien.
A son exemple, hélas! ce cœur ne saurait feindre ; Mais j'ai la fermeté de savoir me contraindre: Oui, puisqu'elle m'abaisse à connaître un rivai... Tiens, reçois ce billet à tous trois si fatal. Va,' choisis pour le rendre un esclave fidèle ; Mets en de sures mains cette lettre cruelle.. Va, cours... Je ferai plus, j'éviterai ses yeux; Qu'elle n'approche pas... C'est elle, justes deux!