‹ Théâtre completChapitre 214 sur 1720 · OROSMANE, ZAÏRE, NÉRESTAN, CORASMIN, FATIME, ESCLAVES · texte numérisé non relu

OROSMANE, ZAÏRE, NÉRESTAN, CORASMIN, FATIME, ESCLAVES

OROSMANE

Approche, malheureux, qui viens de m'arracher, De m'ôter pour jamais ce qui me fut si cher; Méprisable ennemi, qui fais encor paraître L'audace d'un héros avec lame d'un traître; Tu m'imposais ici pour me déshonorer.

Va, le prix en est prêt, tu peux t'y préparer. Tes maux vont égaler les maux où tu m'exposes, Et ton ingratitude, et l'horreur que tu causes. Avez- vous ordonné son supplice?

CORASMIN.

Oui; seigneur.

OROSMANE

Il commence déjà dans le fond de ton cœur. Tes yeux cherchent partout et demandent encore La perfide qui t'aime, et qui me déshonore. Regarde, elle est ici.

NÉRESTAN

Que dis-tu? Quelle erreur?

OROSMANE

Regarde-la, le dis-je.

NÉRESTAN

Ah! que vois-je! Ah! ma sœur!

Zaïre!... elle n'est plus! Ah! monstre l Ah! jour hor-

orosmane. [rible!

Sa sœur! Qu'ai-je entendu? Dieu! serait-il possible?

NÉRESTAN

Barbare, il est trop vrai: viens épuiser mon flanc Du reste infortuné de cet auguste sang. Lusignan, ce vieillard fut son malheureux père ; Il venait dans mes bras d'achever sa misère, Et d'un père expiré j'apportais en ces lieux La volonté dernière et les derniers adieux; Je venais, dans un cœur trop faible et trop sensible, Rappeler des chrétiens le culte incorruptible. Hélas! elle offensait notre Dieu, notre loi; Et ce Dieu la punit d'avoir brûlé pour toi.

OROSMANE

Zaïre!... Elle m'aimait? Est-il bien vrai, Fatime? Sa sœur?... J'étais aimé?...

fatime.

Cruel! voilà son crime.

Tigre altéré de sang, tu viens de massacrer Celle qui, malgré soi constante à t'adorer, Se flattait, espérait que le Dieu de ses pères Recevrait le tribut de ses larmes sincères, Qu'il verrait en pitié cet amour malheureux, Que peut-être il voudrait vous réunir tous deux. Hélas! à cet excès son cœur l'avait trompée; De cet espoir trop tendre elle était occupée. Tu balançais son Dieu dans son cœur alarmé.

OROSMANE

Tu m'en as dit assez. 0 ciel! j'étais aimé! Va, je n'ai pas besoin d'en savoir davantage....

NÉRESTAN

Cruel! qu'attends-lu donc pour assouvir ta rage? II ne reste que moi de ce sang glorieux Dont ton père et ton bras ont inondé ces lieux ; Rejoins un malheureux à sa triste famille,

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