LE SIRE DE COUCY, ADÉLAÏDE
COUCY
Digne sang de Guesclin, vous qu'on voit aujourd'hui Le charme des Français dont il était l'appui, Souffrez qu'en arrivant dans ce séjour d'alarmes Je dérobe un moment au tumulte des armes : Écoutez-moi. Voyez d'un œil mieux éclairci Les desseins, la conduite et le cœur de Coucy; Et que votre vertu cesse de méconnaître L ame d'un vrai soldat, digne de vous peut-être.
ADÉLAÏDE
Je sais quel est Coucy; sa noble intégrité
Sur ses lèvres toujours plaça la vérité. [peine.
Quoi que vous m'annonciez, je vous croirai sans
COUCY
Sachez que si ma foi dans Lille me ramène, Si, du duc de Vendôme embrassant le parti, Mou zèle en sa faveur ne s'est pas démenti, Je n'approuvai jamais la fatale alliance
Qui l'unit aux Anglais et l'enlève à la France ; [reur, Mais, dans ces temps affreux de discorde et d'hor- Je n'ai d'aulre parti que celui de mon cœur. Non que pour ce héros mon âme prévenue Prétende à ses défauts fermer toujours ma vue. Je ne m'aveugle pas : je vois avec douleur De ses emportements l'indiscrète chaleur; Je vois que de ses sens l'impétueuse ivresse L'abandonne aux excès d'une ardente jeunesse, lit ce torrent fougueux, que j'arrête avec soin, Trop souvent me l'arrache et l'emporte trop loin. Il est né violent, non moins que magnanime; Tendre, mais emporté, mais capable d'un crime. Du sang qui le forma je connais les ardeurs : Toutes les passions sont en lui des fureurs; Mais il a des vertus qui rachètent ses vices. Eh! qui saurait, madame, où placer ses services, S'il ne nous fallait suivre et ne chérir jamais Que des cœur ssans faiblesse et des princes parfaits? Tout mon sang est à lui ; mais enfin cette épée Dans celui des Français à regret s'est trempée; Ce fils de Charles six....
ADÉLAÏDE
Osez le nommer roi, Il l'est, il le mérite.