ADÉLAÏDE DU GUESCLIN, ACTE I, SCENE IL
COUCY
Je plains cette douleur où votre àme est en proie;
Et, loin de la gêner d'un regard curieux,
Je baisse devant elle un œil respectueux :
Mais quel que soit l'ennui dont votre cœur soupire,
Je vous ai déjà dit ce que j'ai dû vous dire.
Je ne puis rien de plus : le prince est soupçonneux,
Je lui serais suspect en expliquant vos vœux.
Je sais à quel excès irait sa jalousie,
Quel poison mes discours répandraient sur sa vie.
Je vous perdrais peut-être, et mon soin dangereux,
Madame, avec un mot, ferait trois malheureux.
Vous, à vos intérêts rendez-vous moins contraire;
Pesez sans passion l'honneur qu'il veut vous faire.
Moi, libre entre vous deux, souffrez que, dès ce jour,
Oubliant à jamais le langage d'amour,
Tout entier à la guerre, et maître de mon àme,
J'abandonne à leur sort et vos vœux et sa flamme.
Je crains de l'affliger, je crains de vous trahir;
Et ce n'est qu'aux combats que je dois le servir.
Laissez-moi d'un soldat garder le caractère,
Madame; et puisqu'enfin la France vous est chère,
Rendez-lui ce héros qui serait son appui :
Je vous laisse y penser, et je cours près de lui.
Adieu, madame....