‹ Théâtre completChapitre 220 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ADÉLAÏDE, TAISE

ADÉLAÏDE

Où suis-je? hélas! tout m'abandonne.

Nemours... De tous côtés le malheur m'environne. Ciel! qui m'arrachera de ce cruel séjour?

TAÏSE.

Quoi! du duc de Vendôme et le choix et l'amour, Quoi ! ce rang qui ferait le bonheur ou l'envie De toutes les beautés dont la France est remplie, Ce rang qui touche au trône, et qu'on met à vos

[pieds, Ferait couler les pleurs dont vos yeux sont noyés?

ADÉLAÏDE

Ici, du haut des cieux, du Guesclin me contemple, De la fidélité ce héros fut l'exemple : Je trahirais le sang qu'il versa pour nos lois, Si j'acceptais la main du vainqueur de nos rois.

TAÏSE.

Quoi ! dans ces tristes temps de ligues et de haines, Qui confondent des droits les bornes incertaines, Où le meilleur parti semble encor si douteux, Où les enfants des rois sont divisés entre eux; Vous, qu'un astre plus doux semblait avoir formée Pour unir tous les cœurs et pour en être aimée ; Vous refusez l'honneur qu'on offre à vos appas, Pour l'intérêt d'un roi qui ne l'exige pas? ADÉLAÏDE, en pleurant.

Mon d.voir me rangeait du parti de ses armes.

TAÏSE.

Ah! le devoir tout seul fait-il verser des larmes?

Si Vendôme vous aime, et si, par son secours...

ADÉLAÏDE

Laisse là ses bienfaits et parle de Nemours. N'en as-tu rien appris? sait-on s'il vit encore?

TAÏSE.

Voilà donc en effet le soin qui vous dévore, Madame ?

Il est trop vrai : je l'avoue, et mon cœur Ne peut plus soutenir le poids de sa douleur. Elle échappe, elle éclate, elle se justifie; Et si Nemours n'est plus, sa mort finit ma vie.

TAÏSE.

Et vous pouviez cacher ce secret à ma foi?

ADÉLAÏDE

Le secret de Nemours dépendait-il de moi ? Nos feux, toujours brûlants dans l'ombre du silence, Trompaient de tous les yeux la triste vigilance. Séparés l'un de l'autre, et sans cesse présents, Nos cœurs de nos soupirs étaient seuls confidents; Et Vendôme, surtout, ignorant ce mystère, Ne sait pas si mes yeux ont jamais vu son frère. Dans les murs de Paris... Mais, ô soins superflus ! Je te parle de lui, quand peut-être il n'est plus. O murs où j'ai vécu de Vendôme ignorée! O temps où, de Nemours en secret adorée, Nous touchions l'un et l'autre au fortuné moment Qui m'allait aux autels unir à mon amant ! La guerre a tout détruit. Fidèle au roi son maître, Mon amant me quitta pour m'oublier peut-être ; Il partit, et mon cœur qui le suivait toujours, A vingt peuples armés redemanda Nemours. Je portai dans Cambrai ma douleur inutile ; Je voulus rendre au roi cette superbe ville. Nemours à ce dessein devait servir d'appui ; L'amour me conduisait, je faisais tout pour lui. C'est lui qui, d'une fille animant le courage, D'un peuple factieux me fit braver la rage. Il exposâmes jours, pour lui seul réservés, [vésî Jours tristes, jours affreux, qu'un autre a conser- Ah! qui m'éclaircira d'un destin que j'ignore? Français, qu'avez-vous fait du héros que j'adore? Ses lettres autrefois, chers gages de sa foi, Trouvaient mille chemins pour venir jusqu'à moi. Son silence me tue ; hélas ! il sait peut-être Cet amour qu'âmes yeux son frère a fait paraître. Tout ce que j'entrevois conspire à m'alarmer, Et mon amant est mort ou cesse de m'aimerl Et pour comble de maux, je dois tout à son frère 1

TAÏSE.

Cachez bien à ses yeux ce dangereux mystère : Pour vous, pour votre amant, redoutez son cour- Quelqu'un vient. [roux.

ADÉLAÏDE

C'est lui-même, ô ciel!

TAÏSE.

Contraignez-vous.

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