‹ Théâtre completChapitre 221 sur 1720 · LE DUC DE VENDOME, ADÉLAÏDE, TAISE · texte numérisé non relu

LE DUC DE VENDOME, ADÉLAÏDE, TAISE

VENDOME

J'oublie à vos genoux, charmante Adélaïde, Le trouble et les horreurs où mon destin me guide: Vous seule adoucissez les maux que nous soutirons, Vous nous rendez plus pur l'air que nous respirons. La discorde sanglante afflige ici la terre; Vos jours sont entourés des pièges de la guerre. J'ignore à quel destin le ciel veut me livrer; Mais si d'un peu de gloire il daigne m'honorer, Cette gloire, sans vous obscure et languissante, Des flambeaux de l'hymen deviendra plus brillante. Souffrez que mes lauriers, attachés par vos mains, Écartent le tonnerre et bravent les destins; Ou, si le ciel jaloux a conjuré ma perte, [verte Souffrez que de nos noms ma tombe au moins cou- Apprcnne à l'avenir que Vendôme amoureux Expira votre époux et périt trop heureux.

Adélaïde. [fondre.

Tant d'honneurs, tant d'amour, servent à me con- Prince...Quelui dirai-je?et comment lui répondre? Ainsi, seigneur... Coucy ne vous a point parlé?

VENDÔME

Non, madame... D'où vient que votre cœur troublé Répond en frémissant à ma tendresse extrême? Vous parlez de Coucy quand Vendôme vous aime!

ADÉLAÏDE

Prince, s'il était vrai que ce brave Nemours De ses ans pleins de gloire eût terminé le cours, Vous qui le chérissiez d'une amitié si tendre, Vous qui devez au moins des larmes à sa cendre, Au milieu des combats et près de son tombeau, Pourriez-vous de l'hymen allumer le flambeau?

VENDÔME

Ah! je jure par vous, vous qui m'êtes si chère, Par les doux noms d'amants, par le saint nom de

[frère.

Que Nemours, après vous, fut toujours à mes yeux Le plus cher des mortels et le plus précieux. Lorsqu'à mes ennemis sa valeur fut livrée, Ma tendresse en souffrit sans en être altérée. Sa mort m'accablerait des plus horribles coups; Et, pour m'en consoler, mon cœur n'aurait que Mais on croit trop ici l'aveugle renommée, [vous. Son infidèle voix vous a mal informée : Si mon frère était mort, doutez-vous que son roi, Pour m'apprendre sa perle, eût dépêché vers moi? Ceux que le ciel forma d'une race si pure, Au milieu delà guerre écoutant la nature, Et protecteurs des lois que l'honneur doit dicter, Même en se combattant, savent se respecter. A sa perte, en un mot, donnons moins de créance. Un bruit plus vraisemblable, et m'afflige, et m'of- On dit que vers ces lieux il a porté ses pas. [fense.

Seigneur, il est vivant?

VENDOME

Je lui pardonne, hélas!

Qu'au parti de son roi son intérêt le range; Qu'il le défende ailleurs et qu'ailleurs il le venge; Qu'il triomphe pour lui, je le veux, j'\ consens :

Mais se mêler ici parmi les assiégeants,

Me chercher, m'attaquer, moi, son ami, son frère...

ADÉLAÏDE

Le roi le veut sans doute.

vexdôme. [traire!

Ah ! destin trop con- Se pourrait-il qu'un frère, élevé dans mon sein, Pour mieux servir son roi, levât sur moi sa main? Lui qui devrait plutôt, témoin de cette fête, Partager, augmenter mon bonheur qui s'apprête.

ADÉLAÏDE

Lui?

VENDÔME. [dOUX.

C'est trop d'amertume en des moments si Malheureux par un frère et fortuné par vous, Tout entier à vous seule, et bravant tan! d'alarmes, Je ne veux voir que vous, mon hymen et vos

[charmes.

Qu'attendez-vous? donnez à mon cœur éperdu Ce cœur que j'idolâtre et qui m'est si bien dû.

ADÉLAÏDE

Seigneur, de vos bienfaits mon âme est pénétrée; La mémoire à jamais m'en est chère et sacrée: M ni s c'est trop prodiguer vos augustes bontés, C'est mêler trop de gloire à mes calamités; Et cet honneur...

VENDÔME

Comment ! ô ciel ! qui vous arrête ?

ADÉLAÏDE

Je dois...

Page 1