VENDOME, COUCY
VENDÔME
Nous périssions sans vous, Coucy, je le confesse. Vos conseils ont guidé. ma fougueuse jeunesse: C'est vous dont l'esprit ferme et les yeux pénétrants M'ont porté des secours en cent lieux différents. Que n'ai-je, comme vous, ce tranquille courage, Si froid dans le danger, si calme dans l'orage ! Coucy m'est nécessaire aux conseils, aux combats; Et c'est à sa grande âme à diriger mon bras.
COUCY
Ce courage brillant, qu'en vous on voit paraître, Sera maître de tout, quand vous en serez maître : Vous l'avez su régler et vous avez vaincu. ayez dans tous les temps cette utile vertu : Qui sait se posséder peut commander au monde. Pour moi, de qui le bras faiblement vous seconde. Je connais mon devoir et je vous ai suivi. Dans l'ardeur du combat je vous ai peu servi; Nos guerriers sur vos pas marchaient à la victoire, Et suivre les Bourbons, c'est voler à la gloire. Vous seul, seigneur, vous seul avez fait prisonnier Ce chef des assaillants, ce superbe guerrier. Vous l'avez pris vous-même, et, maître de sa vie, Vos secours l'ont sauvé de sa propre furie.
VENDÔME
D'où vient donc, cher Coucy, que cet audacieux,
Sous son casque fermé, se cachait à mes yeux? D'où vient qu'en le prenant, qu'en saisissant ses ar. J'ai senti, malgré moi, de nouvelles alarmes? [mes, Un je ne sais quel trouble en moi s'est élevé : Soit que ce triste amour, dont je suis captivé, Sur mes sens égarés répandant sa tendresse, Jusqu'au scindes combats m'ait prêté sa faiblesse ; Qu'il ait voulu marquer toutes mes actions Par la molle douceur de ses impressions; Soit plutôt que la voix de ma triste patrie Parle encore en secret au cœur qui l'a trahie; Qu'elle condamne encor mes funestes succès, Et ce bras qui n'est teint que du sang des Francoucy. [cais.
Je prévois que bientôt cette guerre fatale, Ces troubles intestins de la maison royale, Ces tristes factions, céderont au danger D'abandonner la France au fils de l'étranger. Je vois que de l'Anglais la race est peu chérie, Que leur joug est pesant, qu'on aime la patrie, Que le sang des Capets est toujours adoré. Tôt ou tard il faudra que de ce tronc sacré Les rameaux divisés et courbés par l'orage, [brage. Plus unis et plus beaux, soient notre unique om- Nous, seigneur, n'avons-nousrienànous reprocher? Le sort au prince anglais voulut vous attacher; De votre sang, du sien, la querelle est commune; Vous suivez son parti, je suis votre fortune. Comme vous aux Anglais le destin m'a lié : Vous, par le droit du sang; moi, par notre amitié. Permettez-moi ce mot.... Eh quoi! votre âme vendôme. [émue...
Ah! voilà ce guerrier qu'on amène à ma vue.