VENDOME, NEMOURS, ADÉLAÏDE
VENDÔME
Connaissez donc enfin jusqu'où va ma tendresse, Et tout votre pouvoir, et toute ma faiblesse : Et vous, mon frère, et vous, soyez ki témoin Si l'excès de l'amour peut emporter plus loin. Ce que votre amitié, ce que votre prière,
Les conseils de Coucy, le roi, la France entière, Exigeaient de Vendôme et qu'ils n'obtenaient pas, Soumis et subjugué, je l'offre à ses appas, [l'autre, L'amour, qui malgré vous nous a faits l'un pour Ne me laisse de choix, de parti, que le vôtre. Je prends mes lois de vous; votre maître est le De mon frère et de moi soyez l'heureux lien; [mien : Soyez-le de l'État, et que ce jour commence Mon bonheur et le vôtre, et la paix de la France. Vous, courez, mon cher frère, allez dès ce moment Annoncer à la cour un si grand changement. Moi, sans perdre de temps, dans ce jour d'allégresse, Qui m'a rendu mon roi , mon frère et ma maîtresse, D'un bras vraiment français, je vais, dans nos rem- Sous nos lis triomphants briser les léopards, [parts, Soyez libre, partez, et de mes sacrifices Allez offrir au roi les heureuses prémices. Puissé-je à ses genoux présenter aujourd'hui Celle qui m'a dompté, qui me ramène à lui, Qui d'un prince ennemi fait un sujet fidèle, Changé par ses regards et vertueux par elle.
NEMOURS
(A part.) Il fait ce que je veux, et c'est pour m'accabler!
(A Adélaïde.) Prononcez notre arrêt, madame, il faut parler.
VENDÔME
Eh quoi! vous demeurez interdite et muette! De mes soumissions êtes-vous satisfaite?
Est-ce assez qu'un vainqueur vous implore à genoux? Faut-il encor ma vie, ingrate! elle est à vous. Vous n'avez qu'à parler, j'abandonne sans peine Ce sang infortuné, proscrit par votre haine.
ADÉLAÏDE
Seigneur, mon cœur est juste: on ne m'a vu jamais Mépriser vos bontés et haïr vos bienfaits; Mais je ne puis penser qu'à mon peu de puissance Vendôme ait attaché le destin de la France; Qu'il n'ait lu son devoir que dans mes faibles yeux; Qu'il ait besoin de moi pour être vertueux. Vos desseins ont sans doute une source plus pure : Vous avez consulté le devoir, la nature ; L'amour a peu de part où doit régner l'honneur.
VENDÔME
L'amour seul a tout fait, et c'est là mon malheur; Sur tout autre intérêt ce triste amour l'emporte. Accablez-moi de honte, accusez-moi, n'importe! Dussé-je vous déplaire et forcer votre cœur, L'autel est prêt; venez.
Vous osez?....
ADÉLAÏDE
Non, Seigneur.
Avant que je vous cède et que l'hymen nous lie, Aux yeux de votre frère arrachez-moi la vie. Le sort met entre nous un obstacle éternel. Je ne puis être à vous.
VENDÔME
Nemours... ingrate... Ah! ciel!