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LE DUC DE FOIX, ACTE TI, SCÈNE III

AMÉLIE

D'un si noble présent j'ai vu tout l'avantage, Et, sans chercher ce rang qui ne m'était pas dû, Par de justes respects je vous ai répondu. Vos bienfaits, votre amour, et mon amitié même, Tout vous flattait sur moi d'un empire suprême; Tout vous a fait penser qu'un rang si glorieux, Présenté par vos mains, éblouirait mes yeux. Vous vous trompiez : il faut rompre enfin le silence. Je vais vous offenser; je me fais violence; Mais, réduite à parler, je vous dirai, seigneur, Que l'amour de mes rois est gravé dans mon cœur. Votre sang est auguste et le mien est sans crime; 11 coula pour l'État que l'étranger opprime. Cominge, mon aïeul, dans mon cœur a transmis La haine qu'un Français doit à ses ennemis; Et sa fille jamais n'acceptera pour maître [être : L'ami de nos tyrans, quelque grand qu'il puisse Voilà les sentiments que son sang m'a tracés; Et s'ils vous font rougir, c'est vous qui m'y forcez.

le duc.

Je suis, je l'avouerai, surpris de ce langage; Je ne m'attendais pas à ce nouvel outrage, Et n'avais pas prévu que le sort en courroux, Pour m'accabler d'affronts, dût se servir de vous. Vous avez fait, madame, une secrète étude Du mépris, de l'insulte, et de l'ingratitude; Et votre cœur enfin, lent à se déployer, Hardi par ma faiblesse, a paru tout entier. Je ne connaissais pas tout ce zèle héroïque, Tant d'amour pour l'État et tant de politique. Mais, vous qui m'outragez, me connaissez-vous Vous reste-t-il ici de parti que le mien? [bien? M'osez-vous reprocher une heureuse alliance, Qui fait ma sûreté, qui soutient ma puissance, Sans qui vous gémiriez dans la captivité, A qui vous avez dû l'honneur, la liberté? Est-ce donc là le prix de vous avoir servie ?

AMÉLIE

Oui, vous m'avez sauvée ; oui, je vous dois la vie. Mais de mes tristes jours ne puis-je disposer? Me les conserviez-vous pour les tyranniser?

Je deviendrai tyran, mais moins que vous, cruelle. Mes yeux lisent trop bien dans votre âme rebelle. Tous vos prétextes faux m'apprennent vos raisons; Je vois mon déshonneur, je vois vos trahisons. Quel que soit l'insolent que ce cœur me préfère, Redoutez mon amour, tremblez de ma colère; C'est lui seul désormais que mon bras va chercher; De son cœur tout sanglant j irai vous arracher; Et si, dans les horreurs du sort qui nous accable, De quelque joie encor ma fureur est capable, Je la mettrai, perfide, à vous désespérer.

AMÉLIE

Non, seigneur, la raison saura vous éclairer. Non, votre âme est trop noble, elle est trop élevée, Pour opprimer ma vie après l'avoir sauvée. Mais si votre grand cœur s'avilissait jamais

Jusqu'à persécuter l'objet de vos bienfaits, Sachez que ces bienfaits, vos vertus, votre gloire, Plus que vos cruautés, vivront dans ma mémoire. Je vous plains, vous pardonne, et veux vous res- Jc vous ferai rougir de me persécuter; [pecter. Et je conserverai, malgré votre menace, [dace. Une âme sans courroux, sans crainte et sans au-

LE DUC

Arrêtez; pardonnez aux transports égarés, Aux fureurs d'un amant que vous désespérez. Je vois trop qu'avec vous Lisois d'intelligence D'une cour qui me hait embrasse la défense; Que vous voulez tous deux m'unir à votre roi, Et de mon sort enfin disposer malgré moi. [larmes, Vos discours sont les siens. Ah ! parmi tant d'a- Pourquoi recourez-vous à ces nouvelles armes? Pour gouverner mon cœur, l'asservir, le changer, Aviez- vous donc besoin d'un secours étranger? Aimez, il suffira d'un mot de votre bouche.

AMÉLIE

Je ne vous cache point que du soin qui me touche, A votre ami, seigneur, mon cœur s'était remis ; Je vois qu'il a plus fait qu'il ne m'avait promis. Ayez pitié des pleurs que mes yeux lui confient; Vous les faites couler, que vos mains les essuient. Devenez assez grand pour apprendre à dompter Des feux que mon devoir me force à rejeter. Laissez-moi tout entière à la reconnaissance.

LE duc Ainsi le seul Lisois a votre confiance! Mon outrage est connu; je sais vos sentiments.

AMÉLIE

Vous les pourrez, seigneur, connaître avec le temps; Mais vous n'aurez jamais le droit de les contraindre. Ni de les condamner, ni même de vous plaindre. Du généreux Lisois j'ai recherché l'appui; Imitez sa grande âme et pensez comme lui.

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