LE DUC DE FOIX, ACTE III, SCÈNE I
Quand son bras arrêta, dans nos champs inondés, Des Ariens sanglants les torrents débordés, Tant d'honneurs étaient-ils l'effet de sa tendresse? Sauva-t-il son pays pour plaire à sa maîtresse? Mon bras contre un rival est prêt à vous servir ; Je voudrais faire plus, je voudrais vous guérir. On connaît peu l'amour, on craint trop son amorce: C'est sur nos passions qu'il a fondé sa force ; C'est nous qui, sous son nom, troublons notre re- II est tyran du faible, esclave du héros. [pos; Puisque je l'ai vaincu, puisque je le dédaigne, Sur le sang de nos rois souffrirez-vous qu'il règne? Vos autres ennemis par vous sont abattus, Et vous devez en tout l'exemple des vertus.
LE DUC
Le sort en est jeté, je ferai tout pour elle; Il faut bien à la fin désarmer la cruelle. Ses lois seront mes lois, son roi sera le mien : Je n'aurai de parti, de maître que le sien. Possesseur d'un trésor où s'attache ma vie, Avec mes ennemis je me réconcilie.
Je lirai dans ses yeux mon sort et mon devoir. Mon cœur est enivré de cet heureux espoir. Je n'ai point de rival, j'avais tort de me plaindre; Si tu n'es point aimé, quel mortel ai-je à craindre? Qui pourrait, dans ma cour, avoir poussé l'orgueil Jusqu'à laisser vers elle échapper un coup d'oeil? Enfin plus de prétexte à ses refus injustes : Raison, gloire, intérêt, et tous ces droits augustes Des princes de mon sang et de mes souverains, Sont des liens sacrés resserrés par ses mains. Du roi, puisqu'il le faut, soutenons la couronne; La vertu le conseille et la beauté l'ordonne. Je veux entre tes mains, dans ce fortuné jour, Sceller tous les serments que je fais à l'amour. Quant à mes intérêts, que toi seul en décide.
LISOIS
Souffrez donc près du roi que mon zèle me guide. Peut-être il eut fallu que ce grand changement Ne fût dû qu'au héros et non pas à l'amant : Mais si d'un si grand cœur une femme dispose, L'effet en est trop beau pour en blâmer la cause ; Et mon cœur, tout rempli de cet heureux retour, Bénit votre faiblesse et rend grâce à l'amour.