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LE DUC DE FOIX, ACTE IV, SCENE V

Des peuples fatigués fait chanceler la foi.

De la sédition la flamme réprimée

Vit encor dans les cœursr en secret rallumée.

LE DUC

C'est Yamir qui l'allume; il nous a trahis tous.

LISOIS

Je suis loin d'excuser ses crimes envers vous; La suite en est funeste et me remplit d'alarmes. Dans la plaine déjà les Français sont en armes; Et vous êtes perdu, si le peuple excité Croit dans la trahison trouver sa sûreté. Vos dangers sont accrus.

LE DUC

Eh bien! que faut-il faire?

LISOIS

Les prévenir, dompter l'amour et la colère. Ayons encor, mon prince, en cette extrémité, Pour prendre un parti sûr assez de fermeté. Nous pouvons conjurer ou braver la tempête: Quoi que vous décidiez, ma main est toute prête. Vous vouliez ce matin, par un heureux traité, Apaiser avec gloire un monarque irrité; Ne vous rebutez pas : ordonnez, et j'espère Signer en votre nom cette paix salutaire. Mais s'il vous faut combattre et courir au trépas, Vous savez qu'un ami ne vous survivra pas.

LE DUC

Ami, dans le tombeau laisse-moi seul descendre : Vis pour servir ma cause et pour venger ma cendre. Mon destin s'accomplit et je cours l'achever. Qui ne veut que la mort est sûr de la trouver; Mais je la veux terrible, et lorsque je succombe, Je veux voir mon rival entraîné dans ma tombe.

LISOIS

Comment ! de quelle horreur vos sens sont possédés !

LE DUC

11 est dans cette tour où vous seul commandez, Et vous m'avez promis que contre un téméraire...

LISOIS

De qui me parlez-vous, seigneur? de votre frère?

LE DUC

Non, je parle d'un traître et d'un lâche ennemi, D'un rival qui m'abhorre et qui m'a tout ravi. Le Maure attend de moi la tête du parjure.

LISOIS

Vous leur avez promis de trahir la nature?

LE DUC

Dès longtemps du perfide ils ont proscrit le sang.

LISOIS

Et pour leur obéir vous lui percez le flanc?

LE DUC

Non, je n'obéis point à leur haine étrangère; J'obéis à ma rage et veux la satisfaire. Que m'importent l'État et mes vains alliés?

LISOIS

Ainsi donc à l'amour vous le sacrifiez?

Et vous me chargez, moi, du soin de son supplice !

Je n'attends pas de vous cette prompte justice.

Je suis bien malheureux! bien digne de pitié ! Trahi dans mon amour, trahi dans l'amitié! Allez; je puis encor, dans le sort qui me presse, Trouver de vrais amis qui tiendront leur promesse ; D'autres me serviront et n'allégueront pas Cette triste vertu, l'excuse des ingrats. LISOIS, après un long silence.

Non; j'ai pris mon parti. Soit crime, soit justice, Vous ne vous plaindrez plus qu'un ami vous trahisse. Vamir est criminel, vous êtes malheureux ; Je vous aime, il suffit : je me rends à vos vœux. Je vois qu'il est des temps pour les partis extrêmes, Que les plus saints devoirs peuvent se taire eux-

[mêmes.

Je ne souffrirai pas que d'un autre que moi, Dans de pareils moments, vous éprouviez la foi; Et vous reconnaîtrez, au succès de mon zèle, Si Lisois vous armait et s'il vous fut fidèle.

LE DUC

Je te retrouve enfin dans mon adversité: L'univers m'abandonne et toi seul m'es resté. Tu ne souffriras pas que mon rival tranquille Insulte impunément à ma rage inutile ; Qu'un ennemi vaincu, maître de mes États, Dans les bras d'une ingrate insulte à mon trépas.

LISOIS

Non ; mais en vous rendant ce malheureux service, Prince, je vous demande un autre sacrifice.

LE DUC

Parle.

LISOIS

Je ne veux pas que le Maure en ces lieux, Protecteur insolent, commande sous mes yeux; Je ne veux pas servir un tyran qui nous brave. Ne puis-je vous venger sans être son esclave ? Si vous voulez tomber, pourquoi prendre un appui? Pour mourir avec vous ai-je besoin de lui? Du sort de ce grand jour laissez-moi la conduite: Ce que je fais pour vous peut-être le mérite. Les Maures avec moi pourraient mal s'accorder; Jusqu'au dernier moment je veux seul commanle duc [der.

Oui, pourvu qu'Amélie, au désespoir réduite, Pleure en larmes de sang l'amant qui l'a séduite ; Pourvu que de l'horreur de ses gémissements Ma douleur se repaisse âmes derniers moments, Tout le reste est égal et je te l'abandonne : Prépare le combat, agis, dispose, ordonne. Ce n'est plus la victoire où ma fureur prétend; Je ne cherche pas même un trépas éclatant. Aux cœurs désespérés qu'importe un peu de gloire? Périsse ainsi que moi ma funeste mémoire ! Périsse avec mon nom le souvenir fatal D'une indigne maîtresse et d'un lâche rival !

LISOIS

Je l'avoue avec vous : une nuit éternelle Doit couvrir, s'il se peut, une fin si cruelle. C'était avant ce coup qu'il nous fallait mourir : Mais je tiendrai parole, et je vais vous servir.

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