LE DUC, UN OFFICIER, GARDES
LE DUC
0 ciel ! me faudra-t-il, de moments en moments, Voir et des trahisons et des soulèvements? Eh bien! de ces mutins l'audace est terrassée?
l'officier.
Seigneur, ils vous ont vu, leur foule est dispersée.
le duc.
L'ingrat de tous côtés m'opprimait aujourd'hui; Mon malheur est parfait, tous les cœurs sont à lui. Que fait Lisois?
l'officier.
Seigneur, sa prompte vigilance A partout des remparts assuré la défense.
LE duc.
Ce soldat qu'en secret vous m'avez amené Va-t-il exécuter l'ordre que j'ai donné?
l'officier.
Oui, seigneur, et déjà vers la tour il s'avance.
le duc.
Ce bras vulgaire et sur va remplir ma vengeance. Sur l'incertain Lisois mon cœur a trop compté : Il a vu ma fureur avec tranquillité.
On ne soulage point des douleurs qu'on méprise; Il faut qu'en d'autres mains ma vengeance soit mise. Vous, que sur nos remparts on porte nos drapeaux : Allez, qu'on se prépare à des périls nouveaux. Vous sortez d'un combat, un autre vous appelle: Ayez la môme audace, avec le même zèle ; huilez votre maître; et, s'il vous faut périr, Vous recevrez de moi l'exemple de mourir.
(Il reste seul.) Eh bien! c'en est donc fait ! une femme perfide Me conduit au tombeau chargé d'un parricide ! Qui? moi, je tremblerais des coups qu'on va por- J'ai chéri la vengeance et ne puis la goûter, [ter! Je frissonne: une voix gémissante et sévère [frère! » Cric au fond de mon cœur : « Arrête, il est ton Ah! prince infortuné, dans ta haine affermi, Songe à des droits plus saints; Vamir fut ton ami ! 0 jours de notre enfance! ô tendresses passées ! 11 fut le confident de toutes mes pensées. Avec quelle innocence et quels épanchements Nos cœurs se sont appris leurs premiers sentiments ! Que de fois, partageant mes naissantes alarmes, D'une main fralcrneilc essuya-t-il mes larmes! Et c'est moi qui l'immole! et cette même main D'un frère que j'aimai déchirerait le sein! O passion funeste! ô douleur qui m'égare! Non, je n'étais point né pour devenir barbare.
Je sens combien le crime est un fardeau cruel ! Mais que dis-je? Vamir est le seul criminel. Je reconnais mon sang, mais c'est à sa furie; Il m'enlève l'objet dont dépendait ma vie. Ah! de mon désespoir injuste et vain transport! Il l'aime : est-ce un forfait qui mérite la mort? Hélas! malgré le temps, et la guerre, et l'absence, Leur tranquille union croissait dans le silence; Ils nourrissaient en paix leur innocente ardeur, Avant qu'un fol amour empoisonnât mon cœur. Mais lui-même, il m'attaque, il brave ma colère, Il me trompe, il me hait. N'importe, il est mon frère ! C'est à lui seul de vivre; on l'aime, il est heureux! C'est à moi de mourir, mais mourons généreux. La pitié m'ébranlait, la nature décide.
Il en est temps encor.