LE DUC, AMÉLIE, TAISE
Vous l'emportez, seigneur, et puisque votre haine (Comment puis-je autrement appeler en ce jour Ces affreux sentiments que vous nommez amour?}, Puisqu'à ravir ma foi votre haine obstinée Veut ou le sang d'un frère, ou ce triste hyménée... Mon choix est fait, seigneur, et je me donne à vous: A force de forfaits vous êtes mon époux. Brisez les fers honteux dont vous chargez un frère; De vos murs sous ses pas abaissez la barrière. Que je ne tremble plus pour des jours si chéris. Je trahis mon amant, je le perds à ce prix : Je vous épargne un crime et suis votre conquête. Commandez, disposez, ma main est toute prête; Sachez que cette main que vous tyrannisez Punira la faiblesse où vous me réduisez. [re.... Sachez qu'au temple même où vous m'allez condui- Mais vous voulez ma foi, ma foi doit vous suffire. Allons.... Eh quoi! d'où vient ce silence affecté? Quoi! votre frère encor n'est point en liberté?
LE DUC
Mou frère?
AMÉLIE
Dieux puissants! dissipez mes alarmes!
Ciel ! de vos yeux cruels je vois tomber des larmes !
LE DUC
Vous demandez sa vie....
AMÉLIE
Ah! qu'est-ce que j'entends?
Vous qui m'aviez promis....
LE DUC
Madame, il n'est plus temps.
11 n'est plus temps! Vamir....
LE DUC
Il est trop vrai, cruelle !
Que l'amour a conduit cette main criminelle: Lisois, pour mon malheur, a trop su m'obéir. Ah! revenez à vous, vivez pour me punir. Frappez : que votre main, contre moi ranimée, Perce un cœur inhumain qui vous a trop aimée, Un cœur dénaturé qui n'attend que vos coups ! Oui, j'ai tué mon frère et l'ai tué pour vous. Vengez sur un coupable, indigne de vous plaire, Tous les crimes affreux que vous m'avez fait faire.
AMÉLIE, se jetant entre les bras de Taïse. Vamir est mort? barbare!...
LE DUC
Oui ; mais c'est de ta main Que son sang veut ici le sang de l'assassin.
AMÉLIE, soutenue par Taise, et presque évanouie. 11 est mort !
LE DUC
Ton reproche
AMELIE.
Épargne ma misère :
Laisse-moi ; je n'ai plus de reproche à te faire. Va, porte ailleurs ton crime et ton vain repentir; Laisse-moi l'adorer, l'embrasser et mourir.
LE duc Ton horreur est trop juste. Eh bien, chère Amélie ! Par pitié, par vengeance, arrache-moi la vie. Je ne mérite pas de mourir de tes coups ; Que ma main les conduise