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LE DUC, AMÉLIE, VAMIR, LISOIS

AMÉLIE

Qui? vous!

LE DUC

Mon frère !

AMÉLIE

Ah ciel !

LE DUC

Qui l'aurait pu penser?

VAMIR, s* avançant du fond du théâtre.

J'ose encor te revoir, te plaindre et t'embrasser.

LE DUC

Mon crime en est plus grand, puisque ton cœur amélie. [l'oublie.

Lisois, digne héros, qui me donnez la vie

LE DUC

Il la donne à tous trois.

LISOIS

Un indigne assassin Sur Vamir à mes yeux avait levé la main; J'ai frappé le barbare, et, prévenant encore Les aveugles fureurs du feu qui vous dévore, J'ai feint d'avoir versé ce sang si précieux, Sûr que le repentir vous ouvrirait les yeux.

LE DUC

Après ce grand exemple et ce service insigne, Le prix que je t'en dois, c'est de m'en rendre digne. Le fardeau de mon crime est trop pesant pour moi; Mes yeux, couverts d'un voile et baissés devant toi, Craignent de rencontrer et les regards d'un frère, Et la beauté fatale à tous les deux trop chère.

VAMIR.

Tous deux auprès du roi nous voulions te servir.

Quel est donc ton dessein ? parle.

LE DUC

De me punir, De nous rendre à tous trois une égale justice, D'expier devant vous, par le plus grand supplice, Le plus grand des forfaits où la fatalité, L'amour et le courroux, m'avaient précipité. J'adorais Amélie, et ma flamme cruelle, Dans mon cœur désolé, s'irrite encor pour elle. Lisois sait à quel point j'adorais ses appas, Quand ma jalouse rage ordonnait ton trépas; Dévoré, malgré moi, du feu qui me possède,

Je l'adore encor plus et mon amour la cède.

Je m'arrache le eœur en vous rendant heureux : Aimez-vous ; mais au moins pardonnez-moi tous

vamir. [deux.

Ah! ton frère à tes pieds, digne de ta clémence. Égale tes bienfaits par sa reconnaissance.

AMÉLIE

Oui, seigneur, avec lui j'embrasse vos genoux; La plus tendre amitié va me rejoindre à vous. Vous me payez trop bien de mes douleurs soufle duc. [fertes.

Ah! c'est trop me montrer mes malheurs et mes

[pertes !

Mais vous m'apprenez tous à suivre la vertu. Ce n'est point à demi que mon cœur est rendu :

(A Vamir.)

Je suis en tout ton frère , et mon âme attendrie

Imite votre exemple et chérit sa patrie.

Allons apprendre au roi, pour qui vous combattez,

Mon crime, mes remords et vos félicités.

Oui, je veux égaler votre foi, votre zèle,

Au sang, à la patrie, à l'amitié fidèle,

Et vous faire oublier, après tant de tourments,

A force de vertu, tous mes égarements.

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