‹ Théâtre completChapitre 29 sur 1720 · OEDIPE, ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

OEDIPE, ACTE I, SCÈNE

Je rapporte sa cendre, et viens à ce héros, Attendant des autels, élever des tombeaux. Crois-moi; s'il eût vécu, si d'un présent si rare Le ciel pour les humains eût été moins avare, J'aurais loin de Jocaste achevé mon destin : Et, dût ma passion renaître dans mon sein, Tu ne me verrais point, suivant l'amour pour guide, Pour servir une femme abandonner Alcide.

DIMAS

J'ai plaint longtemps ce feu si puissant et si doux;

Il naquit dans l'enfance, il croissait avec vous.

Jocaste, par un père à son hymen forcée,

Au trône de Laïus à regret fut placée.

Hélas! par cet hymen qui coûta tant de pleurs,

Les destins en secret préparaient nos malheurs.

Que j'admirais en vous cette vertu suprême,

Ce cœur digne du trône et vainqueur de soi-même!

En vain l'amour parlait h ce cœur agité,

C'est le premier tyran que vous avez dompté.

PHILOCTÈTE

Il fallut fuir pour vaincre: oui, je te le confesse. Je luttai quelque temps; je sentis ma faiblesse : Il fallut m' arracher de ce funeste lieu, Et je dis à Jocaste un éternel adieu.

Cependant l'univers, tremblant au nom d'Alcide, Attendait son destin de sa valeur rapide; A ses divins travaux j'osai m'associer; Je marchai près de lui ceint du même laurier. C'est alors, en effet, que mon âme éclairée Contre les passions se sentit assurée. [dieux.

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des Je lisais mon devoir et mon sort dans ses yeux; Des vertus avec lui je fis l'apprentissage; Sans endurcir mon cœur, j'affermis mon courage •* L'inflexible vertu m'enchaîna sous sa loi. Qu'eussé-je été sans lui? rien que le fils d'un roi, Rien qu'un prince vulgaire, et je serais peut-être Esclave de mes sens, dont il m'a rendu maître,

DIMAS

Ainsi donc désormais, sans plainte et sans cour- Vous reverrez Jocaste et son nouvel époux? [roux,

PHILOCTÈTE

Comment! que dites-vous? un nouvel hyménée...

DIMAS

Œdipe à cette reine a joint sa destinée.

PniLOCTÈTE.

Œdipe est trop heureux ! je n'en suis point surpris; Et qui sauva son peuple est digne d'un tel prix: Le ciel est juste.

DIMAS

Œdipe en ces lieux va paraître :

Tout le peuple avec lui, conduit par le Jgrand-prê- Vient des dieux irrités conjurer les rigueurs, [tre,

PHILOCTÈTE

Je me sens attendri, je partage leurs pleurs. 0 toi, du haut des deux, veille sur ta patrie; Exauce eu sa faveur un ami qui te prie ;

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