‹ Théâtre completChapitre 28 sur 1720 · PHILOCTÈTE, DIMAS · texte numérisé non relu

PHILOCTÈTE, DIMAS

DIMAS

Philoctète, est-ce vous? quel coup affreux du sort Dans ces lieux empestés vous fait chercher la mort? Venez -vous de nos dieux affronter la colère? Nul mortel n'ose ici mettre un pied téméraire : Ces climats sont remplis du céleste courroux, Et la mort dévorante habite parmi nous. Thèbes, depuis longtemps aux horreurs consacrée, Du reste des vivants semble être séparée : Retournez...

PHILOCTÈTE

Ce séjour convient aux malheureux :

Va, laisse-moi le soin de mes destins affreux, Et dis-moi si des dieux la colère inhumaine, En accablant ce peuple, a respecté sa reine.

DIMAS

Oui, seigneur, elle vit; mais la contagion Jusqu'au pied de son trône apporte son poison. Chaque instant lui dérobe un serviteur fidèle, Et la mort par degrés semble s'approcher d'elle. On dit qu'enfin le ciel après tant de courroux, Va retirer son bras appesanti sur nous ;

Tant de sang, tant de morts, ont dû le satisfaire.

PHILOCTÈTE

Eh! quel crime a produit un courroux si sévère?

DIMAS

Depuis la mort du roi...

PHILOCTÈTE

Qu'entends-je? quoi ! Laïus?

DIMAS

Seigneur, depuis quatre ans ce héros ne vit plus.

PHILOCTÈTE

11 ne vit plus! quel mot a frappé mon oreille! Quel espoir séduisant dans mon cœur se réveille! Quoi ! Jocaste. .. Les dieux me seraient-ils plus doux? Quoi! Philoctète enfin pourrait-il être à vous? il ne vit plus!... quel sort a terminé sa vie?

DIMAS

Quatre ans sont écoulés depuis qu'en Béotie Pour la dernière fois le sort guida vos pas. A peine vous quittiez le sein de vos États, A peine vous preniez le chemin de l'Asie, Lorsque, d'un coup perfide, une main ennemie Ravit à ses sujets ce prince infortuné.

PHILOCTÈTE

Quoi! Dimas, votre maître est mort assassiné?

DIMAS

Ce fut de nos malheurs la première origine; Ce crime a de l'empire entraîné la ruine. Du bruit de son trépas mortellement frappés, A répandre des pleurs nous étions occupés, [table, Quand, du courroux des dieux, ministre épouvan-

Funeste à l'innocent, sans punir le coupable,

Un monstre (loin de nous que faisiez-vous alors?),

Un monstre furieux vint ravager ces bords.

Le ciel, industrieux dans sa triste vengeance,

Avait à le former épuisé sa puissance.

Né parmi des rochers, au pied du Cithéron,

Ce monstre à voix humaine, aigle, femme et lion,

De la nature entière exécrable assemblage,

Unissait contre nous l'artifice à la rage.

11 n'était qu'un moyen d'en préserver ces lieux.

D'un sens embarrassé dans des mots captieux, Le monstre, chaque jour, dans Thèbe épouvantée, Proposait une énigme avec art concertée, Et si quelque mortel voulait nous secourir, 11 devait voir le monstre et l'entendre, ou périr : A cette loi terrible il nous fallut souscrire. D'une commune voix Thèbe offrit son empire A l'heureux interprète inspiré par les dieux Qui nous dévoilerait ce sens mystérieux. Kos sages, nos vieillards, séduits par l'espérance, Osèrent, sur la foi d'une vaine science, Du monstre impénétrable affronter le courroux : Nul d'eux ne l'entendit; ils expirèrent tous. Mais Œdipe, héritier du sceptre de Corinthe, Jeune, et dans l'âge heureux qui méconnaît la

[crainte, Guidé par la fortune en ces lieux pleins d'effroi, Vint, vit ce monstre affreux, l'entendit, et fut roi. Il vit, il règne encor; mais sa triste puissance Ne voit que des mourants sous son obéissance. Hélas! nous nous flattions que ces heureuses mains Pour jamais à son trône enchaînaient les destins. Déjà môme les dieux nous semblaient plus faciles : Le monstre en expirant laissait ces murs tranquil- Mais la stérilité, sur ce funeste bord, [les;

Bientôt avec la faim nous rapporta la mort. Les dieux nous ont conduits de supplice en sup- La famine a cessé, mais non leur injustice; [plice; Et la contagion, dépeuplant nos États, Poursuit un faible reste échappé du trépas. Tel est l'état horrible où les dieux nous réduisent. Mais vous, heureux guerrier que ces dieux favori- Qui du sein de la gloire a pu vous arracher? [sent, Dans ce séjour affreux que venez-vous chercher?

FHILOCTÈTE.

J'y viens porter mes pleurs et ma douleur profonde. Apprends mon infortune et les malheurs du monde : Mes yeux ne verront plus ce digne fils des dieux, Cet appui de la terre, invincible comme eux. L'innocent opprimé perd son dieu tutélaire; Je pleure mon ami, le inonde pleure un père.

DIMAS

Hercule est mort?

PHILOCTETE.

Ami, ces malheureuses mains Ont mis sur le bûcher I»1 plus grand <!<•> humains; Je rapporte en ces lieux ses flèches invincibles, Du fils de Jupiter présents chers et terribles ;

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