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Jal, Dictionnaire critique, p

VOLTAIRE AU THEATRE

son fils lui-même nous l'a appris1, — mais assez accessible cependant, surtout aux gens d'esprit, qui recevaient de madame Arouet, aux allures fort éveillées, à ce qu'il semble, un accueil plus engageant encore. Boileau, dont il avait été le notaire, venait chez eux, dans ce môme logis de la cour du Palais où lui-même était né 2. S'il était un peu trop rude et austère pour plaire à la dame, qui ne voyait en lui qu'un bon livre, par cela même il plaisait d'autant plus au mari. Quelques vieux amateurs de l'ancien théâtre étaient aussi reçus chez M. Arouet.

C'est à eux, tout enfant, lorsqu'on l'appelait encore Zozo dans la maison 3, que Marie- François entendit pour la première fois prononcer le nom de Molière, le nom de Corneille, ces génies qu'ils étaient fiers d'avoir personnellement connus4. C'est entre les mains de l'un d'eux qu'il vit écrite, de la main même de Molière, cette fameuse « scène du pauvre, » qu'on avait supprimée du Don Juanb.

Il ne fallait pas plus que ces conversations, que ces souvenirs pour frapper d'une impression impérissable cet esprit si prompt, si sensitif déjà, et pour le tourner du côté de la tragédie et de la comédie, vers lesquelles il resta si constamment ouvert.

Avec d'autres, il prenait d'autres goûts, s'initiait à d'autres idées, mais qui étaient encore du théâtre : Rochebrune, par exemple, poêle intime de la maison, où son assiduité fit même un peu jaser, lui donnait, en fredonnant les chansonnettes et les airs d'opéras dont il avait fait les vers6, ce goût des rimes légères ou « bonnes à mettre en chant, » qui ne le quitta plus. Son parrain, l'élégant abbé de Châteauneuf, qui n'était ni moins assidu ni moins intime chez les Arouet, et qu'on sait avoir été fort expert aux choses de la musique sur lesquelles même il écrivit, l'entretenait dans ces idées de poésies d'opéra et de divertissements, où nous le verrons souvent s'exercer.

C'est aussi l'abbé qui, lorsqu'il n'avait guère que onze ans, le mena chez Ninon, tout à fait à son déclin. L'enfant y gagna, pour quelques vers, un legs de deux mille livres, destinées aux premières acquisitions de sa bibliothèque, mais qui, j'en ai grand'peur, d'après ce qu'on verra de son enfance et de sa jeunesse « fort dissipées, » il l'avoue lui-même7, passèrent à de moins doctes dépenses. Il y apprit aussi une certaine vieille histoire de cassette, qui avait déjà servi à Molière, autre ami de Ninon, pour son Tartuffe, et dont il fit plus tard, à Çirey8, cette comédie du Dépositaire9, jouée seulement entre amis, et qu'il voulut plus tard faire imprimer sous le nom de l'abbé de Châteauneuf, pour le payer sans doute de l'anecdote où, grâce à lui, il l'avait prise 10.

Au collège, il fut entretenu dans les mêmes goûts de littérature et même de théâtre. C'est, en effet, chez les jésuites, ceux de Louis-le-Grand, que son père l'avait mis en 1704, trois ans après la mort de sa mère. Or, l'on sait que l'éducation était là toute littéraire, et que les exercices dramatiques, pièces à jouer ou à composer même, comptaient parmi les études de l'année et les jeux solennels des distributions de prix. C'était à qui ferait sa tragédie latine ou française. Voltaire, à douze ans, sans attendre sa rhétorique, classe vouée d'ordinaire à ces élucubrations tragiques, avait déjà fait la sienne, sur le sujet ftAmulius et de Numitor, qui était un des plus ordinairement choisis. D'autres l'écrivaient en hexamètres11; lui, qui ne fut jamais d'une grande force sur la versification et même la prose latines I2, l'écrivit en alexandrins, dont quelques-uns, d'une forme assez correcte et assez ferme, ont survécu. Ces vers de son enfance

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