‹ Théâtre completChapitre 303 sur 1720 · LA MORT DE CESAR · texte numérisé non relu

LA MORT DE CESAR

Gatilina pour fils t'eût voulu reconnaître, Entre ce monstre et nous forcé de décider, Parle : qu'aurais-tu fait?

brut us.

Peux-tu le demander !

Pensez-tu qu'un instant ma vertu démentie Eût mis dans la balance un homme et la patrie?

CASSIUS

Brutus, par ce seul mot ton devoir est dicté. C'est l'arrêt du sénat, Rome est en sûreté. Mais, dis, sens-tu ce trouble et ce secret murmure, Qu'un préjugé vulgaire impute à la nature? Un seul mot de César a-t-il éteint dans toi L'amour de ton pays, ton devoir et ta foi ? En disant ce secret, ou faux ou véritable, Et t'avouant pour fils, en est-il moins coupable? En es-tu moins Brutus ! en es-tu moins Romain? Nous dois-tu moins ta vie, et ton cœur, et ta main? Toi, son fils! Rome enfin n'est-elle plus ta mère? Chacun des conjurés n'est-il donc plus ton frère? Né dans nos murs sacrés, nourri par Scipion, Élève de Pompée, adopté par Caton, Ami de Cassius, que veux-tu davantage?

Ces titres sont sacrés; tout autre les outrage. Qu'importe qu'un tyran, esclave de l'amour, Ait séduit Servilie et t'ait donné le jour? Laisse là les erreurs et l'hymen de ta mère ; Caton forma tes mœurs, Caton seul est ton père, Tu lui dois ta vertu, ton àme est toute à lui : Brise l'indigne nœud que l'on t'offre aujourd'hui. Qu'à nos serments communs ta fermeté réponde; Et tu n'as de parents que les vengeurs du monde.

BRUTUS

Et vous, braves amis, parlez, que pensez-vous?

CIMBER

Jugez de nous par lui, jugez de lui par nous. D'un autre sentiment si nous étions capables, Rome n'aurait point eu des enfants plus coupables. Mais à d'autres qu'à toi pourquoi t'en rapporter? C'est ton cœur, c'est Brutus qu'il te faut consulter.

BRUTUS

Eh bien ! à vos regards mon àme est dévoilée ; Lisez-y les horreurs dont elle est accablée. Je ne vous cèle rien, ce cœur s'est ébranlé ; De mes stoïques yeux des larmes ont coulé. Après l'affreux serment que vous m'avez vu faire, Prêt à servir l'État, mais à tuer mon père; Pleurant d'être son fils, honteux de ses bienfaits; Admirant ses vertus, condamnant ses forfaits; Voyant en lui mon père, un coupable, un grand Entraîné par César et retenu par Rome ; [homme, D'horreur et de pitié mes esprits déchirés Ont souhaité la mort que vous lui préparez. Je vous dirai bien plus; sachez que je l'estime : Son grand cœur me séduit au sein même du crime ; Et, si sur les Romains quelqu'un pouvait régner, Il est le seul tyran que l'on dût épargner. Ne vous alarmez point! ce nom que je déteste, Ce nom seul de tyran l'emporte sur le reste.

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