‹ Théâtre completChapitre 308 sur 1720 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CÉSAR, DOLABELLA, romains.

DOLABELLA

Le sénat par ton ordre au temple est arrivé : On n'attend plus que toi, le trône est élevé. Tous ceux qui t'ont vendu leur vie et leurs suffrages Vont prodiguer l'encens au pied de tes images. J'amène devant toi la foule des Romains; Le sénat va fixer leurs esprits incertains : Mais si César croyait un citoyen qui l'aime, Nos présages affreux, nos devins, nos dieux même,

César différerait ce grand événements

CÉSAR

Quoi! lorsqu'il faut régner, différer d'un moment! Qui pourrait m'arrêter, moi ?

DOLABELLA

Toute la nature Conspire à t'avertir par un sinistre augure. Le ciel, qui fait les rois, redoute ton trépas.

CÉSAR

Va, César n'est qu'un homme, et je ne pense pas Que le ciel de mon sort à ce point s'inquiète, Qu'il anime pour moi la nature muette; Et que les éléments paraissent confondus Pour qu'un mortel ici respire un jour de plus. Les dieux du haut du ciel ont compté nos années ; Suivons sans reculer nos hautes destinées. César n'a rien à craindre.

DOLABELLA

Il a des ennemis Qui sous un joug nouveau sont à peine asservis : Qui sait s'ils n'auraient point conspiré leur vencésar. [geance?

Ils n'oseraient.

DOLABELLA

Ton cœur a trop de confiance.

CÉSAR

Tant de précautions contre mon jour fatal

Me rendraient méprisable et me défendraient mal.

DOLABELLA

Pour le salut de Rome il faut que César vive ; Dans le sénat au moins permets que je te suive.

CÉSAR

Non; pourquoi changer l'ordre entre nous con- N avançons point, ami, le moment arrêté : [certé? Qui change ses desseins découvre sa faiblesse.

DOLABELLA

Je te quitte à regret. Je crains, je le confesse : Ce nouveau mouvement dans mon cœur est trop

césar. [fort.

Va, j*aime mieux mourir que de craindre la mort. Allons.

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