‹ Théâtre completChapitre 31 sur 1720 · SECOND PERSONNAGE · texte numérisé non relu

SECOND PERSONNAGE

Frappez, dieux tout-puissants; vos victimes sont

[prêtes :

0 monts, écrasez-nous... Cieux, tombez sur nos tê- 0 mort, nous implorons ton funeste secours ! [tes ! 0 mort, viens nous sauver, viens terminer nos jours !

LE GRAND-PRÊTRE

Cessez, et retenez ces clameurs lamentables, Faible soulagement aux maux des misérables. Fléchissons sous un dieu qui veut nous éprouver, Qui d'un mot peut nous perdre et d'un mot nous

[sauver.

Il sait que dans ces murs la mort nous environne, Et les cris des Thébains sont montés vers son trône. Le roi vient. Par ma voix Jle ciel va lui parler; Les destins à ses yeux veulent se dévoiler. Les temps sont arrivés; cette grande journée Va du peuple et du roi changer la destinée.

i . Voici la fin de cette scène, telle qu'elle était dans la première édition de 1719.

PHILOCTÈTE

Mon trouble dit assez le sujet qui m'amène ; Tu -vois un malheureux que sa faiblesse entraîne, De ces lieux autrefois par l'amour exilé, Et par ce même amour aujourd'hui rappelé.

DIMAS

Vous, seigneur? vous pourriez, dans l'ardeur qui nous brûle, Pour chercher une femme abandonner Hercule?

PHILOCTÈTE

Dimas, Hercule est mort, et mes fatales mains

Ont mis sur le bûcher le plus grand des humains.

Je rapporte en ces lieux ces flèches invincibles,

Du fils de Jupiter présents chers et terribles.

Je rapporte sa cendre, et viens à ce héros,

Attendant des autels, élever des tombeaux.

Sa mort de mon trépas devrait être suivie :

Mais vous savez, grands dieux, pour qui j'aime la vie!

Dimas, à cet amour si constant, si parfait,

Tu vois trop que Jocaste en doit être l'objet.

Jocaste, par un père à son hymen forcée,

Au trône de Laïus à regret fut placée ;

L'amour nous unissait, et cet amour si doux

Etait né dans l'enfance, et croissait avec nous.

Tu sais combien alors mes fureurs éclatèrent,

Combien contre Laïus mes plaintes s'emportèrent.

Tout l'État, ignorant mes sentiments jaloux,

Du nom de politique honorait mon courroux.

Hélas! de cet amour accru dans le silence,

Je t'épargnais alors la triste confidence;

Mon cœur, qui languissait de mollesse abattu,

Redoutait tes conseils, et craignait ta vertu.

Je crus que, loin des bords où Jocaste respire,

Ma raison sur mes sens reprendrait son empire;

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