‹ Théâtre completChapitre 321 sur 1720 · ALZIRE, ACTE TI, SCENE I · texte numérisé non relu

ALZIRE, ACTE TI, SCENE I

Mais vous qui m'assuriez, dans mes troubles cruels, Que la paix habitait au pied de ses autels, Que sa loi, sa morale, et consolante et pure, De mes sens désolés guérirait la blessure, [queur Vous trompiez ma faiblesse. Un trait toujours vain- Dans le sein de ce Dieu vient déchirer mon cœur : Il y porte une image à jamais renaissante; Zamore vit encore au cœur de son amante. Condamnez, s'il le faut, ces justes sentiments, Ce feu victorieux de la mort et du temps, Cet amour immortel, ordonné par vous-même ; Unissez votre fille au fier tyran qui l'aime. Mon pays le demande, il le faut, j'obéis : Mais tremblez en formant ces nœuds mal assortis; Tremblez, vous qui d'un Dieu m'annoncez la vengeance, Vous qui me condamnez d'aller en sa présence Promettre à cet époux qu'on me donne aujourd'hui, fil cœur qui brûle encor pour un autre que lui.

MONTÈZE.

Ah! que dis-tu, ma fille? épargne ma vieillesse; Au nom de la nature, au nom de ma tendresse, Par nos destins affreux que ta main peut changer, Par ce cœur paternel que tu viens d'outrager, Ne rends point de mes ans la fin trop douloureuse ! Ai-je fait un seul pas que pour te rendre heureuse ! Jouis de mes travaux, mais crains d'empoisonner Ce bonheur difficile où j'ai su t'amener. Ta carrière nouvelle, aujourd'hui commencée, Par la main du devoir est à jamais tracée; Ce monde gémissant te presse d'y courir, Il n'espère qu'en toi : voudrais-tu le trahir? Apprends à te dompter.

ALZIRE

Faut-il apprendre à feindre?

Quelle science, hélas !

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