‹ Théâtre completChapitre 348 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ALZIRE, ZAMORE, ÉMIRE, un soldat.

ALZIRE

Tout est perdu pour toi ; tes tyrans sont vainqueurs ; Ton supplice est tout prêt : si tu ne fuis, tu meurs. Pars, ne perds point de temps ; prends ce soldat pour

[guide, Trompons des meurtriers l'espérance homicide; Tu vois mon désespoir et mon saisissement : C'est à toi d'épargner la mort à mon amant, Un crime à mon époux et des larmes au inonde. L'Amérique t'appelle et la nuit te seconde ; Prends pitié de ton sort et laisse-moi le mien.

ZAMORE

Esclave d'un barbare, épouse d'un chrétien, Toi qui m'as tant aimé, tu m'ordonnes de vivre! Eh bien ! j'obéirai : mais oses-tu me suivre? Sans trône, sans secours, au comble du malheur, Je n'ai plus à t'offrir qu'un désert et mon cœur. Autrefois à tes pieds j'ai mis un diadème.

ALZIRE

Ah ! qu'était-il sans toi ?qu'ai-je aimé que toi-même? Et qu'est-ce auprès de toi que ce vil univers? Mon âme va te suivre au fond de tes déserts. Je vais seule en ces lieux, où l'horreur me consume, Languir dans les regrets, sécher dans l'amertume, Mourir dans le remords d'avoir trahi ma foi, D'être au pouvoir d'un autre et de brûler pour toi. Pars, emporte avec toi mon bonheur et ma vie; Laisse-moi les horreurs du devoir qui me lie. J'ai mon amant ensemble et ma gloire à sauver.

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