ALZIRE, ACTE IV, SCÈNE VII
Tous deux me sont sacrés: je les veux conserver.
ZAïMORE.
Ta gloire! Quelle est donc cette gloire inconnue? Quel fantôme d'Europe a fasciné ta vue? Quoi ! ces affreux serments qu'on vient de te dicter, Quoi! ce temple chrétien que tu dois détester, Ce dieu, ce destructeur des dieux de mes ancêtres, T'arrachent à Zamore et te donnent des maîtres?
ALZIRE
J'ai promis; il suffit : il n'importe à quel dieu.
zamore.
Ta promesse est un crime, elle est ma perte; adieu. Périssent tes serments et ton Dieu que j'abhorre!
ALZIRE
Arrête : quels adieux! arrête, cher Zamore!
ZAMORE
Gusman est ton époux !
Plains-moi, sans m'outrager.
ZAMORE
Songe à nos premiers nœuds.
ALZIRE
Je songe à ton danger.
zamore .
Non, tu trahis, cruelle, un feu si légitime.
ALZIRE
Non, je t'aime à jamais, et c'est un nouveau crime. Laisse-moi mourir seule : ôte-toi de ces lieux. Quel désespoir horrible étincelle en tes yeux? Zamore....
ZAMORE
C'en est fait.
ALZIRE
Où vas-tu?
ZAMORE
Mon courage De cette liberté va faire un digne usage.
ALZIRE
Tu n'en saurais douter, je péris si tu meurs.
ZAMORE
Peux-tu mêler l'amour à ces moments d'horreurs? Laisse-moi, l'heure fuit, le jour vient, le temps Soldat, guide mes pas. [presse :
ALZIRE, ÉMIRE
ALZIRE
Je succombe, il me laisse :
11 part; que va-t-il faire? 0 moment plein d'effroi! Gusman! quoi! c'est donc lui que j'ai quitté pour toi! Émire, suis ses pas, vole et reviens m'instruire S'il est en sûreté, s'il faut que je respire. Va voir si ce soldat nous sert ou nous trahit.
( Émire sort.) Un noir pressentiment m'afflige et me saisit : Ce jour, ce jour pour moi ne peut être qu'horrible. 0 toi. Dieu des chrétiens, Dieu vainqueur et terrible !
'Je connais peu tes lois : ta main, du haut des deux, Perce à peine un nuage épaissi sur mes yeux : Mais si je suis à toi, si mon amour t'offense, Sur ce cœur malheureux épuise ta vengeance. Grand Dieu, conduis Zamore au milieu des déserts! Ne serais-tu le Dieu que d'un autre univers? Les seuls Européens sont-ils nés pour te plaire? Es-tu tyran d'un monde et de l'autre le père? Les vainqueurs, lesvaincus, tous cesfaibleshumains Sont tous également l'ouvrage de tes mains. Mais de quels cris affreux mon oreille est frappée ! J'entends nommer Zamore : ô ciel ! on m'a trompée. Le bruit redouble, on vient : ah! Zamore est perdu.