ZULIME, ACTE 1, SCÈNE II
MOHADIR.
C'est un titre qui rend
Notre affront plus sensible et son crime plus grand. Quoi donc ! un Espagnol ici commande en maître i A peine devant-vous m'a-t-on laissé paraître; A peine ai-je percé la ibule des soldats Qui veillent à sa garde et qui suivent vos pas. Vous pleurez malgré vous ; la nature outragée Déchire, en s'indignant, votre àme partagée. A vos justes remords n'osez-vous vous livrer? Quand on pleure sa faute, on va la réparer.
ATIDE.
Respectez plus ses pleurs et calmez votre zèle : 11 ne m'appartient pas de répondre pour elle ; Mais je suis dans le rang de ces infortunés Qu'un maître redemande et que vous condamnez. Je fus comme eux esclave, et de leur innocence Peut-être il m'appartient de prendre la défense. Oui, Ramire a d'un maître éprouvé les bienfaits; Mais vous lui devez plus qu'il ne vous dut jamais. C'est Ramire, c'est lui dont l'étonnant courage, Dans vos murs pris d'assaut et fumants de carnage, Délivra votre émir et lui donna le temps De dérober sa tète au fer des Turcomans; C'est lui qui comme un Dieu veillant sur sa famille, Ayant sauvé le père, a défendu la fille ; C'est par ses seuls exploits enfin que vous vivez. Quel prix a-t-il reçu? Seigneur, vous le savez. Loin des murs tout sanglants de sa ville alarmée, Bénassar avec peine assemblait une armée; Et quand vos citoyens, par nos soins respirants, A quelque ombre de paix ont porté vos tyrans, Ces Turcs impérieux, qu'aucun devoir n'arrête, De Ramire et des siens ont demandé la tête ; Et de votre divan la basse cruauté Souscrivait en tremblant à cet affreux traité. De Zulime pour nous la bonté généreuse Vous épargna du moins une paix si honteuse, Elle acquitte envers nous ce que vous nous devez. N'insultez pas ici ceux qui vous ont sauvés : Respectez plus Ramire et ces guerriers si braves ; Ils sont vos défenseurs et non plus vos esclaves.
MOHADIR, à Zulime.
Votre secret, Zulime, est enfin révélé : Ainsi donc par sa voix votre cœur a parlé ?
ZULIME
Oui, je l'avoue.
MOHADIR.
Ah ! Dieu !
ZULIME
' Coupable, mais sincère, Je ne puis vous tromper... Tel est mon caractère.
MOHADIR.
Vous voulez donc charger d'un affront si nouveau Un père infortuné qui touche à son tombeau ?
ZULIME
Vous me faites frémir.
MOHADIR.
Repentez-vous, Zulime.
Croyez-moi, votre cœur n'est point né pour le crime.
ZULIME
Je me repens en vain; tout va se déclarer : Il est des attentats qu'on ne peut réparer. Il ne m'appartient pas de soutenir sa vue ; J'emporte, en le quittant, le remords qui me tue. Allez : votre présence en ces funestes lieux Augmente ma douleur et blesse trop mes yeux. Mohadir... ah ! partez...
MOHADIR.
Hélas! je vais peut-être Porter les derniers coups au sein qui vous fît naître 1