ZULIME, ACTE I, SCÈNE IV
J'ai cru fuir nos tyrans et j'ai suivi Ramire. J'abandonne pour lui parents, peuples, empire ; Et, frémissant encor de ses périls passés, J'ai craint dans mon amour de n'en point faire as- Cependant loin de moi se peut-il qu'il s'arrête? [sez. Quoi ! Ramire aujourd'hui, trop sûr de sa conquête, Ne prévient point mes pas, ne vient point consoler Ce cœur trop asservi, que lui seul peut troubler !
Eh! ne voyez-vous pas avec quelle prudence De l'envoyé d'un père il fuyait la présence?
ZULIME
J'ai tort, je te l'avoue : il a du s'écarter; Mais pourquoi si longtemps?
ATIDE.
A ne vous point flatter, Tant d'amour, tant de crainte et de délicatesse, Conviennent mal peut-être au péril qui nous presse. Un moment peut nous perdre et nous ravir le prix De tant d'heureux travaux par l'amour entrepris; Entre cet Océan, ces rochers et l'armée, Ce jour, ce même jour peut vous voir enfermée. Trop d'amour vous égare; et les cœurs si troublés Sur leurs vrais intérêts sont toujours aveuglés.
ZULIME
Non, sur mes intérêts c'est l'amour qui m'éclaire; Ramire va presser ce départ nécessaire : L'ordre dépend de lui; tout est entre ses mains. Souverain de mon àme, il l'est de mes destins. Que fait-il? Est-ce vous, est-ce moi qu'il évite?
ATIDE.
Le voici... Ciel, témoin du trouble qui m'agite, Ciel, renferme à jamais dans ce sein malheureux Le funeste secret qui nous perdrait tous deux!