SCÈNE I
ZULIME, ATIDE.
ZULIME
Hélas! vous n'aimez point : vous ne concevez pas Tous ces soulèvements, ces craintes, ces combats, Ce reflux orageux du remords et du crime. Que je me hais! j'outrage un père magnanime, Un père qui m'est cher et qui me tend les bras. Que dis-je? l'outrager! j'avance son trépas : Malheureuse !
ATIDE.
Après tout, si votre âme attendrie Craint d'accabler un père et tremble pour sa vie, Pardonnez; mais je sens qu'en de tels déplaisirs Un grand cœur quelquefois commande à ses sou- Qu'on peut sacrifier.... fpirs,
ZULIME
Que prétends-tu me dire?
Sacrifier Y amour qui m'enchaine à Ramire! A quels conseils, grand Dieu ! faut-il s'abandonner? Ai-je pu les entendre? ose-t-on les donner? Toute prête à partir, vous proposez, barbare, Que, moi qui l'ai conduit, de lui je me sépare ! [leur, Non, mon père en courroux, mes remords, ma dou- De ce conseil affreux n'égalent point l'horreur.
ATIDE.
Mais vous-même à l'instant, à vos devoirs fidèle, Vous disiez que l'amour vous rend trop criminelle.
ZULIME
Non, je ne l'ai point dit; mon trouble m'emportait : Si je parlais ainsi, mon cœur me démentait.
ATIDE.
Qui ne connaît l'état d'une âme combattue? J'éprouve, croyez-moi, le chagrin qui vous tue; Et ma triste amitié....
ZULIME
Vous m'en devez, du moins. Mais que cette amitié prend de funestes soins! Ne me parlez jamais que d'adorer Ramire, [spire. Redoublez dans mon cœur tout l'amour qu'il m'm- Hélas! m' assurez-vous qu'il réponde à mes vœux Comme il le doit, Atide, et comme je le veux?