ZULIME, ACTE III, SCÈNE V
Je revole à mon père : il a plaint mes erreurs; Il est sensible, il m'aime, il vengera mes pleurs; Et de sa main du moins il faudra que j'obtienne, Dirai-je, hélas ! ta mort? non, ingrat, maisla mien- Tu l'as voulu, j'y cours. [ne.
ATIDE.
Madame
RAMIRE
Atide ! ô ciel !
ATIDE.
Madame, écoutez-vous ce désespoir mortel ? C'est votre ouvrage, hélas! que vous allez détruire. Vous vous perdez ! Eh quoi ! vous balancez, Ramire!
ZULIME
Madame, épargnez-vous ces transports empressés :
Son silence et vos pleurs m'en ont appris assez.
Je vois sur mon malheur ce qu'il faut que je pense,
Et je n'ai pas besoin de tant de confidence,
M des secours honteux d'une telle pitié.
J'ai prodigué pour vous la plus tendre amitié :
Vous m'en payez le prix ; je vais le reconnaître.
Sortez, rentrez aux fers où vous avez dû naître ;
Esclaves, redoutez mes ordres absolus ;
A mes yeux indignés ne vous présentez plus :
Laissez-moi.
Non, madame, et je perdrai la vie Avant d'être témoin de tant d'ignominie. Vous ne flétrirez point cet objet malheureux, Ce cœur digne de vous, comme vous généreux. Si vous le connaissiez, si vous saviez...
ZULIME
Parjure, Ta fureur à ce point insulte à mon injure ! Tu m'outrages pour elle ! Ah ! vil couple d'ingrats î Du fruit de mes douleurs vous ne jouirez pas ; Vous expierez tous deux mes feux illégitimes : Tremblez, ce jour affreux sera le jour des crimes. Je n'en ai commis qu'un, ce fut de vous servir, Ce fut de vous sauver; je cours vous en punir... Tu me braves encore, et tu présumes, traître, Que des lieux où je suis tu t'es rendu le maître, Ainsi que tu l'étais de mes vœux égarés: Tu^te trompes, barbare... A moi, gardes! courez, Suivez-moi tous, ouvrez aux soldats de mon père : Que mon sang satisfasse à sa juste colère; Qu'il efface ma honte, et que mes yeux mourants Contemplent deux ingrats à mes pieds expirants!