‹ Théâtre completChapitre 380 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ATIDE, "RAMIRE.

RAMIRE

Ah! fuyez sa vengeance, Atide, et que je meure l

ATIDE.

Non, je veux qu'à ses pieds vous vous jetiez surl'heu- Ramire, il faut me perdre et vous justifier, [re : Laisser périr Atide et même l'oublier, •

RAMIRE

Vous !

ATIDE.

Vos jours, vos devoirs, votre reconnaissance, Avec ce triste hymen n'entrent point en balance. Nos liens sont sacrés, et je les brise tous : Mon cœur vous idolâtre... et je renonce à vous.

RAMIRE

Vous, Atide !

ATIDE.

Il le faut; partez sous ces auspices : Ma rivale aura fait de moindres sacrifices ; Mes mains auront brisé déplus puissants liens, Et mes derniers bienfaits sont au-dessus des siens.

RAxMIRE.

Vos bienfaits sont affreux ; l'idée en est un crime. O chère et tendre épouse ! ô cœur trop magnanime ! Il faut périr ensemble, il faut qu'un noble effort Assure la retraite ou nous mène à la mort.

ATIDE.

Je mourrai, j'y consens; mais espérez encore: Tout est entre vos mains, Zulime vous adore. Ce n'est pas votre sang qu'elle prétend verser. Pensez-vous qu'à son père elle osât s'adresser? Vous voyez ces remparts qui ceignent notre asile : Sont-ils pleins d'ennemis ? tout n'est-il pas tran- A-t-elle seulement marché de ce côté ? [quille ? Sa colère trompait son esprit agité.

Confiez-vous à moi; mon amour le mérite, [te; Je vous réponds de tout, souffrez que je vous quit- Souffrez {Elle sort.)

RAMIRE

Non... je vous suis.

RAMIRE, BÉNASSAR.

RÉNASSAR.

Demeure, malheureux !

Demeure.

RAMIRE

Que veux-tu?

RÉNASSAR.

Cruel ! ce que je veux?

Après tes attentats, après ta fuite infâme, L'humanité, l'honneur, entrent-ils dans ton âme?

RAMIRE

Crois-moi, l'humanité règne au fond de ce cœur. Qui pardonne à ton doute et qui plaint ton malheur : L'honneur est dans ce cœur qui brava la misère.

BÉNASSAR.

Tu ne braves, ingrat, que les larmes d'un père : Tu laisses le poignard dans ce cœur déchiré ; Tu pars, et cet assaut est encor différé. La mer t'ouvre ses flots pour enlever ta proie : Eh bien ! prends donc pitié des pleurs où je me noie; Prends pitié d'un vieillard trahi, déshonoré, D'un père qui chérit un cœur dénaturé.

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